Fabula Bovarya

A tous ceux qui sont atteints d'un incurable bovarysme...

12 mars 2010

L'assassin royal, tome 13, Adieux et retrouvailles

tome_13L'assassin royal, Tome 13, Adieux et retrouvailles, de Robin Hobb (J'ai lu, 378 pages).

Genre : roman fantasy

Résumé éditeur : Alors que les navires emportent au loin le prince Devoir et la Narcheska Elliania désormais libres de se marier, un homme seul se dresse sur les rivages de l'île d'Aslevjal. Fitz Chevalerie, s'il a fini par se résoudre à la mort du fou, ne peut supporter de laisser la dépouille de son ami ensevelie sous les décombres du château de glace. Il se lance alors dans l'exploration désespérée des ruines souillées à tout jamais par les maléfices de la femme pâle. Son périple le mènera bien plus loin qu'il n'aurait pu l'imaginer : des contrées de la mort aux rivages secrets de l'art, Fitz trouvera peut-être les réponses à toutes ses questions... Ou des raisons de croire qu'il se trompe depuis le début.

Rhâ, la, la, la, la.... C'est pas vrai ! J'ai fini le cycle... Rhâ, noooon....

Et en plus... et en plus... ben je suis déçue de cette fin ! Bouhouhouhou... je ne m'attendais pas à ça... Bon, reprenons ce qui ne va pas (ATTENTION ! Article PLEIN DE SPOILERS !) :

  • Je savais bien que le Fou ne pouvait pas mourir. Logique donc que Fitz essaie de le ressusciter (même pas été surprise comme l'a été mon homme...). La démarche avec laquelle Fitz opère pour arriver à ses fins paraît un peu tirée par les cheveux, mais je m'en fous, je veux que le fou viiiiiveuh.... je l'aime trop, c'est mon personnage préféré.

  • Mais en revanche, c'est quoi cette rogntudieu de fin de relation toute pourrie qu'elle nous a pondue Robin Hobb ? Mais c'est pas vrai ! On ne peut pas faire mourir une si belle relation comme ça. Le Fou se sacrifie pour Fitz, clair et net : l'autre ne rêve que de vie de famille avec sa Molly, donc le Fou le laisse partir pour pouvoir vivre cette vie-là (et tous les arguments qu'il avance sur les changements qu'il pourrait faire advenir s'en sans rendre compte, c'est du flan ! Ben oui ! Si l'on y réfléchit à deux fois, l'aventure est terminée. Le Fou s'est sacrifié une première fois pour faire advenir l'avenir qu'il avait prédit. Fitz a réussi, une nouvelle ère peut commencer. Certes, le Fou n'était pas destiné à ressusciter. Mais peu importe, Fitz l'a fait, et un nouvel avenir s'ouvre avec un Fou qui, selon moi, n'est plus prophète blanc puisque l'avenir qu'il avait aperçu est déjà advenu. Du coup, qu'est-ce que ça change que lui et Fitz continue à se voir ? Rien. Si ce n'est que ce foutu Fitz est parfois d'une niaiserie absolue et qu'il préfère donc avoir la vie pépère qu'il avait toujours espérée, avec Molly plutôt que de garder le Fou auprès de lui. Mais qu'il m'éneeeeerve parfois ce Fitz !!!)

  • Fitz est une vraie tête à claque qui jusqu'au bout se méprend sur les sentiments que le Fou lui porte : quand le Fou lui redit qu'il l'aime, il revient sur cette idée d'amant qui a le don de le choquer profondément.... Et le Fou de lui rétorquer que l'amour qui le lie à lui est au-delà de tout ça. Et là, franchement, on a encore envie de le baffer le Fitz ! Bien sûr que cet amour est au-delà de l'amour physique ! C'est un amour pur, sans limite, et le Fou l'a prouvé en mourant pour son catalyseur. Et Fitz demeure bassement terre à terre, en ne voulant voir que le côté charnel que le mot amour engendre chez lui... Pffff.... bah, bah, bah... L'est d'un niaiiiiis !

  • Je n'ai jamais aimé le personnage de Molly alors j'avoue, oui, j'ai dû me « farcir » toutes les pages relatives à sa reconquête, et je m'en contrefoutais royalement à dire vrai. Tout cela m'a même déçue : Fitz retrouve une vie qui me semble plate, acceptant sans broncher les cadeaux d'adieux du Fou, et ne cherchant jamais (preuve en est avec l'épilogue) à savoir ce que devient le Fou. Il accepte la séparation avec son meilleur ami avec un fatalisme qui personnellement me dépasse ! Sacrifier cette magnifique histoire pour pouvoir juste habiter le domaine de son père avec la marmaille de Burrich... ben non, quoi. Robin Hobb, votre fin est trop consensuelle, et j'aime pô. Bouuuh.

    Du coup, voilà, je n'ai pas vraiment aimé ce dernier tome. J'ai ADORE tout le cycle, que j'ai dévoré en 15  jours, attendant le moindre moment de libre pour me plonger avidement dans la lecture, mais ce tome 13 ne me convient pas du tout. Je sais que la relation entre Fitz et le Fou ne fait pas tout dans cette histoire très riche, mais c'est ce qui m'a personnellement marquée. Que dis-je, bouleversée ! Et du coup, je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'elle conclue de cette manière... ça m'a tellement mâchée que pendant des heures, je n'ai fait que parler de ça avec mon homme, pour essayer de comprendre mais pourquoiiiiiiiiii elle avait fait ça. Je ne suis d'ailleurs toujours pas d'accord avec lui à l'heure actuelle (pour lui, il était normal que le Fou abandonne Fitz : l'aventure du catalyseur et du prohète blanc était finie, donc leur relation devait mourir de sa belle mort. Beurk. C'est quoi cette résignation passive face à la somptuosité de la relation que ces deux personnages entretiennent depuis le début ??? C'est bien une réaction de mec, tiens !)

  • Néanmoins, malgré cette grosse déception, cette série m'a vraiment fait voyager ailleurs, et dieu sait qu'au moment où je l'ai lue, j'en avais VRAIMENT besoin. Robin Hobb a le don de nous transporter dans son univers avec force détails (trop parfois ?) qui nous enivre. Parfois, j'avais l'impression de sentir même les odeurs de nourriture que l'auteur nous décrit. L'histoire entière est élaborée, riche, pleine de rebondissements et de secrets. C'est un régal de lecture, sans prise de tête et cependant intelligente et novatrice. La galerie de personnages est formidablement dessinée, et chacun possède son caractère propre. On s'y attache, on cherche à les percer à jour, on vit avec eux et les voilà qui deviennent presque aussi réels que vous et moi (combien de fois j'ai rêvé de Fitz et du Fou quand j'étais totalement prise par l'histoire ??? ça ne m'était jamais arrivé avant ! Et j'arrivais même dans mes rêves à essyer d'anticiper l'histoire et deviner quelles allaient être les prochaines actions des divers protagonistes... ) Ces bouquins sont des drogues, délicieuses, et qui risquent devous coûter un certain nombre d'heures de sommeil. Mais qu'importe !

Et puis quel gros passage à vie une fois que l'on a lu les dernières pages. Je me sens toute seule tiens. Bouh. Qu'est-ce que c'était bien...

Ben quoi ? Vous n'avez pas encore craqué ? Allez, zou ! A la librairie ! Et Vivent Fitz et le Fou !!!

PS : et pour ceux qui ont suivi pourquoi je me suis plongée dans cette série, eh bien, oui, je confirme, je pense que j'ai vécu une telle relation. J'ai eu mon catalyseur, moi aussi...

grand_plaisir

On peut lire actuellement 13 billets doux sur cette chronique rédigée et publiée par Alwenn ©
Posté dans la catégorie HOBB Robin - Pour faire un permalien vers ce billet [#]
Mots-clés : , ,

Ce que vous en dites :

    13 tomes! Tu comprends pourquoi on hésite à se lancer, ça a l'air addictif!

    Ecrit par keisha, 13 mars 2010 à 08:11
  • C'est addictif, mais qu'est ce que c'est bien ! Robin Hobb est l'auteur grace à qui j'ai commencé à lire en anglais : je n'en pouvais plus d'attendre que les tomes soient traduits !
    Si tu veux continuer dans le même univers, je te conseille Les aventuriers de la Mer. Et qui sait ? Peut-être bien que tu y recroiseras le Fou ?

    Ecrit par Céline, 13 mars 2010 à 10:12
  • bonsoir

    alors là j'avoue que tes articles sur cette saga me plaisent bien. Bon je les survole car j'en suis au 5 tome mais je te sens fan jusqu'au bout des ongles non?
    gros bisous à toi

    Ecrit par nathouc, 14 mars 2010 à 20:54
  • A Keisha : c'est effectivement trèèèès addictif !!! )

    A Céline : ne t'inquiète pas ! il est prévu sur ma PAL (parce que je sais que justement, je vais retrouver mon chouchou !!! )

    A Nathouc : ouiii ! fan conquise ! Même si la fin m'a laissée sur ma faim ! Bonne lecture à toi ! Bises.

    Ecrit par Alwenn, 18 mars 2010 à 13:34
  • Ayé tu m'a convaincue ( ça a l'air troooop bien!)! je pense les louer à la bibli très prochainement!!
    bisous!

    Ecrit par kanae, 19 mars 2010 à 11:36
  • A kanae : ravie que tu te lances ! J'espère que tu seras aussi accro que moi !!! )

    Ecrit par Alwenn, 19 mars 2010 à 11:59
  • Dit est-ce que tu a lût les autres séries de Robin hobb? Si oui, est-ce qu'elles sont bien? Je ne suis qu'au tome 9 mais je ne veut pas que ça ce finisse ><'

    Ecrit par Kermit, 11 mai 2010 à 20:40
  • Malheureusement, non, je n'ai pas lu les autres séries... Et je te comprends, le sevrage va être dur après la fin de l'assassin royal ! bonne fin de lecture, et bon courage pour le sevrage ! )

    Ecrit par Alwenn, 12 mai 2010 à 14:12
  • Merci =D oui le sevrage va être dur, très dur je dirais même. Mais bon je compte me lancer dans les autres séries et si elle sont aussi bien le sevrage serait vite fait, mais le dépendance a l'art de Robin hobb ne seras que plus important...

    Ecrit par Kermit, 12 mai 2010 à 17:38
  • Pareil

    Que ton com sur cette serie m'a fait plaisir. J'ai eu la meme réaction que toi. Et le Fou était tellement attachant dans cette serie.
    Ce fut une serie vraiment spécial. Beaucoup de mal à me mettre dans l'histoire au début, et une longtemps à un moment donné (2 ou 3eme livres), mais apres, impossible de m'arrêter et au dernier, j'étais dégouter que se soit fini.
    J'ai voulu me mettre sur les aventuriers de la mers pour retrouver le fou, mais j'ai pas encore eu le temps.
    En tout cas, série que je recommande aussi

    Ecrit par çaane, 27 juin 2010 à 22:28
  • A çaane : Ah ! sacrée série hein !!! Comme toi, j'ai envie de retrouver le Fou dans les aventuriers de la mer, mais j'ai commencé et pour l'instant j'accroche moyen. Et pourtant, j'ai tellement envie de le retrouver !!!

    Ecrit par Alwenn, 28 juin 2010 à 16:27
  • Bien-Aimé

    Ah...

    Je suis en pleine convalescence à la sortie de cette saga mémorable dont je vais avoir du mal à me remettre...

    Même sentiment que toi face à la fin version "happy end"... mais happy pour qui ?

    J'ai rarement pleuré dans mes lectures, en général à la fin d'une saga avec ce sentiment d'abandon, mais ici, avec le Fou...

    J'ai pleuré en lisant (trop vite) les résumés des tomes et en apprenant la mort du fou (cf:descriptif tome 13) et j'ai eu un nouvel épanchement joyeux à sa résurrection (que j'attendais aussi ).

    Quand Fitz laisse le Fou, son Bien-Aimé, chez l'homme noir j'ai eu un mauvais pressentiment... qui s'est révélé fondé puisque ça a aboutit à cette relation avortée trop tôt... trop brutalement, pour un projet qui correspond tout à fait au Fou mais qui nous laisse insatisfait.

    Quand on se pose un instant on comprend la justesse du choix du Fou : Jamais leur amitié "sans limite" n'aurait survécu à Molly (qui aurait vu, salle garce, d'un mauvais oeil que son cher et tendre passe la nuit avec l'étrange personnage).

    Non vraiment, que le Fou se contente de rester en retrait, à Castelcerf, sans plus pouvoir approcher l'homme qu'il aime n'aurait pas été un fin plus belle.

    Ca ne veut pas dire que j'approuve cette fin puisque à mes yeux (et aux yeux d'un grand nombre de fans) la relation Fitz-Fou dépasse de loin la petite amourette Fitz-Molly (que je n'ai jamais vraiment apprécié non plus...).
    Peut-être aurait-il fallu approfondir davantage la relation Fitz-Molly pour qu'elle nous semble autant avantageuse que celle de Fitz-Fou... mais ce n'est pas le cas.

    D'un autre côté si Fitz était parti avec le Fou (ou se serait contenté de rester à ses côté sans chercher à reconquérir Molly) nous aurions également eu des déceptions... : pourquoi diable prendre autant de temps alors à mettre en avant Molly, Ortie et tout ce que cela implique... si finalement cela s'était terminé par un "bonjour Molly, sache que je te protège mais qu'entre nous c'est terminé"...

    J'aime trop le Fou, son personnage et ses ambiguïtés pour accepter sa disparition si facilement. Cette fin, même si elle semble logique, brise une amitié que Robin Hobb a confectionné avec trop de profondeur pour qu'elle soit jetée comme un détail vague.

    Pour tenir le coup, comme après chaque fin de série, je m'octroi le droit de modifier (en mon fort intérieur) quelques éléments avec les ouvertures permises par l'auteur. (attentio, : je fais toujours très attention à ce que cela corrobore avec les bases données par l'auteur : je ne supprime personne de l'histoire par ma volonté et ne bouleverse aucun détail (enfin j'essai)).

    C'est d'ailleurs pour cela que les fin buttoir : et le personnage X mourut sans jamais plus avoir de souci et sans jamais plus sortir de sa chaumière sont pour moi les pires claques qu'un auteur puisse asséner à ses lecteurs qui doivent pouvoir se réapproprier l'histoire et la comprendre, par certaines facettes, comme ils l'entendent.

    Et justement, la fin n'est, ici, pas si buttoir que ça... pas si incontestable.
    Dans l'épilogue on apprend que le Fou ne revient jamais dans les Six-duchés et que Fitz ne demande pas plus qu'une vie simple (ça on l'avait vite comprit d'ailleurs).

    Je tiens à préciser que la théorie que je vais supposer n'est que pure élucubrations de mon esprit, qu'elle ne sera jamais écrite ainsi par son auteur et n'a, certainement, pas été pensée ainsi mais (comme dit plus haut), je pense qu'un auteur qui écrit prend en gage de laisser une part de liberté à ses lecteurs, cela implique des suites, des modifications (etc)...

    Pour ma part j'ai réuni tout ce que je savais, tout ce que les éléments de l'histoire et les détails laissés par l'auteur nous permettaient de concevoir, non pas une autre fin, mais une suite.

    Celle que j'ai imaginé laisse intacte la vie de Fitz auprès de Molly et des enfants de Burrich... dans cette vie simple et paisible. Les enfants grandissent vite, ont eux-même des enfants (comme cela est détaillé dans les derniers chapitre du tome 13), Patience et Umbre finisse par mourir et Fitz devient de plus en plus écarté (pour ne pas dire inutile).

    Finalement, face à l'achèvement de sa propre vie qui approche notre cher héros n'a plus qu'un regret (pouvant être rectifier, j'entend bien) : l'absence du Fou, ou plutôt sa propre absence aux côtés du Fou.
    Il décide alors de faire ses ultimes adieux aux proches qui lui restent (Ortie, certainement mère, etc) et part pour le sud...

    Mais, sans oublier que le Fou redoutait de voir Fitz vieillir alors qu'il lui reste lui-même plusieurs décennies (si sa vie ne se compte pas en siècles), Fitz se sert de l'Art (qu'il maîtrise sans problème ou presque alors) pour réparer son vieux corps (puisque apparemment c'est pas si compliqué que ça) et s’octroyer une nouvelle chance en même temps qu'une longévité inhumaine.
    Il part donc retrouver le Fou, son Bien-aimé, pour vivre leur amitié amoureuse (sans forcément parlé alors de happy-end et coming out qui ne ressemble pas au Fitz que l'on connait) aidé de la sagesse que les années lui ont apportées pour tenter de concevoir l'amour du Fou sans se borner aux terre à terre relations sexuelles.

    Evidemment, Fitz ne se précipite pas dans les bras de son ancien Prophète Blanc dès le dernier soupir de Molly puisque le but n'est pas de remplacer (tout comme il n'a jamais songé à remplacer Oeil-de-nuit) mais de vivre cette histoire qui aurait dû être, dans un autre contexte tout en respectant le dernier voeux du Fou : vivre la vie qu'il aurait eu s'il était bel et bien mort des tortures infligées par la Femme pâle.



    Bien évidemment, ma confidence sur cette suite n'engage que moi et me plaît d'autant que je la trouve plausible vis à vis des différents caractères des personnages et des possibilités que Robin Hobb nous laisse manier.
    Encore une fois cette suite n'existe pas en tant que telle et ne satisfera peut-être que moi mais, en déçue de la rupture Fitz-Fou (qui laisse un goût amère et nous rend souffrant du vide), je me sentais dans le droit de vous opposer cette "suite" (ou conclusion) que je me suis autorisé à créer.


    Un certain remord à l'idée que l'amour de Fitz pour Molly a été ravivé par le baiser du Fou qui lui a rendu toute sa mémoire (et ses douleurs passées), sans quoi Fitz ne l'aurait peut-être pas laissé partir ou n'aurait peut-être pas insisté auprès de Molly.

    Cela étant dit je me sens déjà vaguement mieux...

    Et j'ai, bien entendu, l'intention de poursuivre la folle aventure à la recherche de Ambre dans les Aventuriers de la mer (dans laquelle il/elle explique a une femme comment se déguiser en homme et où on découvre que c'est exactement les principe que le Fou applique : pudeur extrême, propreté immaculée, etc).

    Comme le Fou a eu, pour ainsi dire, la place forte de second personnage le plus important après Fitz et que la relation Prophète Blanc-Catalyseur est au centre de la deuxième partie de l'Assassin Royal je n'espère pas voir un jour une série (même courte), reprenant ce personnage comme personnage principal. Et comme je désir garder, au fond de moi, la fin que je vous ai proposé je n'espère vraiment pas le découvrir dans une autre série comme personnage secondaire car on le découvrirai surement seul, sans jamais avoir eu aucun contacte avec son Fitzounet depuis leurs adieux dans la chaumière de l'Homme noir.

    Bonne lecture a tout ceux qui commence cette somptueuse série.

    Ecrit par loéva, 29 avril 2011 à 15:40
  • Réponse à votre question

    location : au sous-sol – humeur : pleine de regrets ?

    Ce qui suit a été écrit en réponse au post #38275 de la newsgroup de Robin Hobb sur sff.net. Mark a posé d’excellentes questions à propos du lien entre les livres de la série de l’Assassin Royal et ceux du Soldat Chamane. Je me suis retrouvée à écrire une réponse bien plus longue que d’habitude, et à rentrer dans les détails sur un sujet que j’avais évité jusque là. Donc je pense que je mettrais ce post ici aussi. (http://robin-hobb.livejournal.com/)

    Tu dresses des parallèles intéressants entre les trilogies. Ma première impulsion a été de les écarter (aucun rapport !) mais comme c’est souvent le cas, les lecteurs ont la possibilité de voir plus clairement que l’auteur lorsque des thèmes communs sont abordés dans différents livres.

    Au départ, quand j’ai écrit la trilogie des Loinvoyant, à la fin de Assassin’s Quest (tomes 4, 5 et 6 pour l’édition française), je croyais vraiment en avoir fini avec Fitz. Certaines personnes ont trouvé la fin triste, ou même tragique. Mon sentiment personnel était qu’il avait rempli son rôle en tant que héros, ce qui demandait un certain, oh, très bien, un gros sens du sacrifice. De par ma personnalité, je le voyais paisible et épanoui dans ses dernières scènes. Il était là, seul comme il l’avait toujours souhaité, avec son loup. (c’était définitivement une fin heureuse pour Œil-de-Nuit !)

    C’est plus d’un an après que l’envie de continuer à écrire sur Fitz a commencé à me démanger. Je pense que ce n’était pas tant pour « arranger » la fin, mais plutôt parce que j’ai réalisé que la libération des dragons aurait des conséquences définitives sur la vie des Six Duchés. Je savais où j’allais avec les Aventuriers de la Mer. Et je commençais à pressentir qu’il restait des choses à dire sur l’histoire de Fitz. Deux ou trois ébauches de chapitres m’ont prouvé que j’avais raison. Mais je les ai laissés de côté pour terminer les Aventuriers de la Mer.

    Avec Jamère, la fin était assez claire dès le départ. Comme je l’ai déjà dit auparavant, je pense que le meilleur moment pour terminer un livre, c’est là où l’histoire d’après commencerait. Alors, bien qu’en apparence on dirait que tout se finit bien pour Jamère, personnellement je pouvais voir de nombreuses complications qui l’attendaient par la suite. Mais c’était un bon endroit pour dire, « mais cette partie de sa vie est maintenant racontée ». Pour moi, c’est une fin satisfaisante.

    Je pense que je vais directement admettre qu’au moment où j’écrivais Fool’s Fate (tomes 11, 12 et 13 de l’édition française), je pensais revenir sur l’histoire de Fitz. D’astucieux lecteurs m’ont envoyé des lettres (aha ! letters) à propos du passage vers la fin du bouquin où je dis qu’un troubadour fait parfois une pause avant de se lancer dans le couplet final. Et c’était bien mon intention, à l’époque. Fitz et Compagnie m’avaient épuisée. Je voulais faire quelque chose de différent pendant un moment, et donner à mes émotions le temps de se remettre. Écrire sur Fitz et Co. est un procédé qui me vide totalement émotionnellement ; ce sont des récits vraiment intenses à raconter. Je souhaitais me reconstituer une réserve d’énergie avant de retourner dans ce monde.

    Cependant, je ne suis pas retournée dans ce monde. J’espère que ce qui va suivre ne sonnera pas comme de la pleurnicherie ; je suis sûre que certains l’interpréteront de cette façon, mais si je choisis d’en parler, je suppose qu’il faudra en assumer les conséquences.

    J’ai reçu ENORMEMENT de réactions négatives à propos de la fin de la trilogie. Des lettres, des post publics ont été écrits disant que je m’étais « défilée », ou « dégonflée ». Beaucoup de ces lettres, post, et, oui, de nombreuses fan fictions sur différents sites cherchent à imposer un certain sens à l’histoire, à savoir, que Fitz et le Fou partent tous les deux et vivent heureux jusqu’à la fin des temps.

    Pour ceux qui croient que le Fou est un homme, que Fitz renonce subitement à sa préférence hétérosexuelle ne semble pas leur importer/ important. Si j’inventais un personnage gay, et que je le reconvertissais en hétéro pour que des lecteurs puissent profiter d’un « happy end », je pense qu’on m’accuserait de mauvaises intentions. Après tout, ne sommes-nous pas tous d’accord pour dire qu’une fille, à condition qu’elle soit « la bonne », pourrait rendre un gars homo hétérosexuel ? Bien sûr que si ! (oh, et avant que quelqu’un n’aille joyeusement citer cette phrase quelque part, s’il vous plait, sachez qu’il s’agit d’un Sarcasme.) Pourtant faire l’inverse n’a pas l’air de poser de problème à de nombreux lecteurs, prêts à plier, à étirer et à mutiler Fitz dans n’importe quel sens du moment que ça le fait coller à la fin qu’ils souhaitent. Je ne comprends pas ça. Je l’aime tel qu’il est. Un changement aussi radical ne me semble pas réalisable. En fait, je vais en faire une question pour les lecteurs hétéros qui me lisent ; combien auriez-vous besoin d’aimer votre ami pour vouloir avoir des relations sexuelles avec lui ? Pensez à votre meilleur ami, de longue date, votre copain d’enfance, et dites-moi si cela vous remplit de désir. Voulez-vous quitter votre amie/femme et partir avec lui ? Des esprits curieux veulent savoir. Ce scénario est-il plausible ?

    Maintenant, si vous parlez à des personnes qui croient que le Fou est une femme, tout semble simple pour certains d’entre eux. Le Fou dit simplement : « Au fait, je suis une fille » et Fitz se débarrasse de Molly, et se met avec elle. Maintenant, d’après moi, connaissant Fitz, je ne pense pas que ce scénario soit plausible non plus. Pendant toute sa vie, il a souhaité retrouver Molly et la stabilité d’une vie de famille. Il aime Molly. Ils ne sont pas parfaits. Mais ils s’aiment réellement, pour le meilleur et pour le pire. Pour moi, en tant qu’auteur, qu’il l’abandonne soudainement pour partir en vadrouille avec le Fou (pour ne pas ajouter abandonnant ses responsabilités envers les Six Duchés) ferait prendre un drôle de virage à un personnage que j’ai mis des années à construire.

    Pourquoi ferai-je ça ?

    Point ironique. À la fin de Assassin’s Quest (tomes 4, 5 et 6 pour l’édition française), j’ai reçu beaucoup de remarques des éditeurs avant qu’il ne soit publié, et par la suite de la part de lecteurs disant que Fitz aurait dû rentrer chez lui, épouser Molly, et devenir roi, je ne sais pas comment, pour vivre paisiblement jusqu’à la fin de ses jours. Ce dénouement ne m’a jamais paru être le bon. Parce que mes éditeurs m’ont permis d’utiliser la fin que je visualisais à l’origine, la deuxième partie de l’histoire de Fitz se déroule d’une manière qui me semble bien plus puissante et convaincante que si j’avais cédé et choisi la fin facile et toute tracée que l’on me suggérait.

    J’aurais vraiment souhaité qu’à la fin de Fool’s Fate (tomes 11, 12 et 13 de l’édition française), certains des lecteurs les plus bruyants m’aient fait confiance, et aient supposé que je savais ce que je faisais en tant que conteuse.

    Mais bon. Les lettres et réactions négatives étaient très démoralisantes. Les fan fictions que j’ai lues (oui, je sais, je n’aurais pas dû les lire, un découragement vraiment profond peut provoquer des réactions autodestructrices) m’ont convaincue que certains de mes lecteurs étaient complètement passés à côté du sens de ce que j’écrivais. C’était carrément déprimant, dans tous les sens du terme. Quelque part, j’avais l’impression qu’une bonne partie des lecteurs ne voulait pas vraiment savoir ce que j’avais visualisé pour ces personnages. Ils n’étaient pas intéressés par ce que je disais à propos de l’amitié, de l’amour, de l’identité et des genres. Parfois il semblait qu’ils voulaient juste un livre qui se termine sur une scène de sexe torride et romantique. À un moment, je me disais que si j’écrivais les derniers livres tels que je les avais imaginés, les gens ne les accepteraient tout simplement pas, de la même manière qu’ils avaient rechigné à la fin de Assassin’s Quest et à la fin de Fool’s Fate.

    Et donc, j’ai mis les notes et les idées de côté, parce que je ne les trouvais pas assez convaincantes pour sustenter un public de lecteurs face à un livre très différent de ce à quoi ils s’attendaient. Au choix, entre écrire des livres avec une fausse fin, ou écrire des livres que de nombreux lecteurs vivraient comme une « tromperie », j’ai opté pour la solution de ne pas les écrire du tout. J’ai décidé que je ne retournerai dans les Six Duchés qu’à condition d’avoir une histoire que les lecteurs trouveraient vraiment fascinante. La conclusion que j’avais imaginée n’était probablement pas la bonne. Par moments je sortais les idées et les contemplais, mais je les ai reposées à chaque fois.

    En France, un jour que je ne me sentais pas très bien pendant les Imaginales, j’ai sauté le dîner et j’ai passé entre 6 et 8 heures à passer ces idées en revue. (La France est un pays merveilleux pour moi. C’est un endroit où j’ai rencontré des lecteurs qui me soutiennent énormément en tant qu’« artiste » avec une vision. Chaque fois que j’y suis allée, je suis repartie rechargée.) Bref, je me demandais si utiliser un narrateur différent, qui permettrait aux lecteurs de voir les événements d’un point de vue extérieur, pouvait rendre mon histoire acceptable. J’ai un peu tourné les idées, pris quelques notes, et j’ai dégrossi les deux premiers chapitres. Et puis je suis rentrée chez moi et les ai mis de côté pour continuer à travailler sur mes projets en cours. Parce que j’ai encore des doutes. Une partie de la communauté de lecteurs a clairement des doutes quant au fait que je savais où j’allais avec cette histoire. Leurs remarques m’ont fait le même effet que lorsque quelqu’un vous interrompt juste avant la chute d’une blague, ou d’une histoire. (Vous savez de quoi je veux parler. Quelqu’un qui s’écrie, « Oh, mais je la connais celle-là ! » et qui foire la chute en la racontant mal. Et tout ce qui vous reste à faire, c’est de laisser tomber, parce que ça ne sert plus à rien de révéler la réplique finale.)

    Même certains éditeurs m’ont envoyé des avis de l’ordre de « Donnez leur ce qu’ils veulent ». Malheureusement pour nous tous, je ne peux pas écrire de cette manière. Je ne peux pas forcer un dénouement qui semble illogique, ou contraire aux personnages. J’ai déjà essayé d’écrire « sur commande » auparavant. Vous savez ce qui se passe ? Les personnages s’assoient simplement sur la page, et jouent au poker en attendant que je recommence à les écouter. Je ne peux imposer à Fitz ou au Fou aucun de ces dénouements complètement orchestrés et stupides. Ils n’iront pas dans cette direction là. Et moi non plus.

    J’ai des contrats pour des livres jusqu’en 2011. J’ai donc du temps pour réfléchir s’il est sage de revenir sur le récit de Fitz.

    Tout ça pour dire, de façon assez détournée, que la fin de Fool’s Fate n’était pas sensée être la fin de ce conte. Donc, elle ne reflète pas vraiment ma philosophie de vie.

    En ce qui concerne la manière d’assumer une perte dans les histoires. Je suis personnellement persuadée que personne ne vit totalement sa vie avant d’avoir été confronté à une perte, et d’avoir dû continuer à avancer. Je suis à un point dans ma vie, dans la cinquantaine, où beaucoup de mes amis font finalement face à de vieux traumatismes. Ils parlent de choses qu’ils ont toujours reproché à d’autres personnes, et en assument enfin la responsabilité. Des divorces. Des enfants qu’ils ne voient plus. Des aventures qu’ils ont manquées. Ou la paix qu’ils ont perdu dans leur recherche d’aventures. Fumer trop de cannabis. Ne jamais en fumer. Tout le monde a des regrets. Dans la vie, chaque choix que l’on fait ferme une infinité d’autres possibilités.

    Je vois certains de mes amis qui ont changé, ont affronté leurs deuils et leurs regrets, les ont évalués et intégrés à leur vie, et continuent d’avancer. Ils sont devenus sages. (ça, ce n’est pas un sarcasme). Dans chacun des livres que tu as mentionnés, mes héros se sont retournés, et ont fait face aux difficultés qu’il leur fallait endurer. Ils se sont rendus compte qu’on ne peut pas tout choisir. Et ils sont devenus de meilleures personnes. D’une certaine manière, admettre ce qu’ils avaient laissé derrière eux les rendait plus complets.

    Chaque fois que nous prenons une décision, nous laissons une part de nous-mêmes en arrière. Je ne suis jamais devenue journaliste, et je n’ai pas voyagé aux quatre coins du monde pour des reportages. Je le regrette. Cette part de moi ne s’est jamais réalisée. Mais j’ai fait d’autres choses, et elles étaient tout aussi enrichissantes, d’une manière différente.

    Wow. Ce post est vraiment long. Et il est 9h37, et il faut encore que j’écrive. Je suis en train de me défier d’envoyer ce message. Il parle de sujets que j’ai éludé, et autour desquels j’ai tourné pendant longtemps.

    Une fois que j’appuie sur envoi, il y a des chances que je le regrette.

    RH

    Ecrit par Robin Hobb, 20 février 2012 à 13:26

A votre tour de déposer un billet doux...








 

© Fabulabovarya.canalblog.com, contenu géré par Alwenn | Création 17 avril 2006 |
La reproduction du contenu écrit des billets présents sur ce site sous toute forme et sans autorisation est strictement interdite.