Fabula Bovarya

A tous ceux qui sont atteints d'un incurable bovarysme...

02 novembre 2010

Nélida

n_lidaNélida, de Marie d'Agoult,  (Calmann-Lévy, 320 pages). Terminé octobre 2010.

Genre :  roman

Résumé éditeur : Nélida est le roman, fort autobiographique, que Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, publie sous le pseudonyme de Daniel Stern, en 1846, dans lequel elle raconte sa liaison féconde et tumultueuse avec le compositeur Franz Liszt. Elle y paraît sous les traits de Nélida, mariée très tôt à un homme qu’elle n’aime pas ; lui devient le peintre Guermann Régnier qui découvre en elle une égérie. Dans ce roman dont, à l’époque, tout le monde perçut les clés, Daniel Stern, plutôt que de relater des faits, ausculte l'âme d'une jeune femme blessée au plus profond de son être pour avoir trop cru à l’amour. Encore aujourd’hui, l'analyse de la passion, le vertige qui prépare l'abandon, la finesse des notations psychologiques frappent le lecteur avec une force inaltérée. Et, comme dans les œuvres de George Sand, l'authenticité des accents dépasse largement du cadre convenu des romans qu’écrivaient alors les femmes du monde.

Nélida.Curieux prénom... Anagramme de Daniel. Daniel Stern. Nom sous lequel est publié le roman en 1846.

Nélida. Personnage éponyme. Double fictif de Marie. Marie de Flavigny, comtesse d'Agoult.

Nélida. Roman cathartique et autobiographique d'une femme passionnée.

Dès le début, j'ai trouvé à ce titre, à ce prénom, une harmonie hypnotique. Un résonance romantique.

marieQui ne connaît pas la liaison tapageuse et ardente de George Sand et Chopin ? On connaît en revanche nettement moins celle de Marie d'Agoult et de Franz Liszt. Pour ma part, je n'en avais jamais entendu parler. Le nom-même de la Comtesse d'Agoult m'était inconnu. Pourtant, sans le savoir, je connaissais un tableau la représentant dans sa jeunesse. Avec cette robe bleue aux reflets satinés. De Liszt, je ne connais que quelques oeuvres musicales. Et ces deux-là  ont vécu une passion intense, qui fit défier à Marie les règles de son temps. Elle quitta époux et enfant pour vivre aux côtés de son amant. Mais je suppose que ce n'est pas la peine de vous rappeler  la chanson des Rita... Les histoires d'amour...etc. Après deux enfants et des années d'amour, certes. Mais quand même.

 Les déchirements après la passion la plus dévorante. Pour Marie d'Agoult, ce roman fut pour elle sa manière d'accoucher de cette histoire terminée, et quelque part, quoiqu'elle s'en défiât, de régler ses comptes avec Liszt. La préface explique tout ça très bien d'ailleurs, mais je conseille de la lire après avoir lu le roman, histoire de démarrer vierge de tout a priori avec le roman.

Parlons-en donc de ce roman. Style classique, que l'on trouve à peu près dans tous les romans du XIXème siècle. Un côté George Sand inévitable. Mais pas désagréable. Quelques phrases un peu ampoulées peut-être, parfois. Un rythme qui colle à ce genre de narration : des introspections, des moments de réflexion puis, un peu d'action. Quand même. Des ravissements, des revirements, des déceptions, des envolées, des pâmoisons. Il faut au moins ça pour réussir son roman du XIXème avec histoire d'amour en clé de voûte. Les personnages sont plutôt bien campés, même si Nélida fait un peu -allez, j'ose le dire- (très) cruche parfois. Enfin, une oie blanche élevée au bon grain de la religion en couvent, quoi. Son peintre d'amant, lui, vire très vite détestable, puis pitoyable. Malgré un début de liaison très « obermannien » (grands alpages, séduction de la solitude, relation fusionnelle-on-n'a-besoin-de-personne, on se la joue « Voyageur au-dessus des nuages » à la Friedrich et tutti quanti...), l'histoire prend un peu plus d'épaisseur au rythme où le personnage principal, Nélida, étoffe sa propre personnalité. Oui, parce qu'il faut bien l'avouer, tout cela est très romantique, mais la puissance évocatrice du nom de Nélida, qui m'avait beaucoup attiré au départ, se révèle davantage in fine être l'évocation d'une héroïne qui suit un chemin initiatique particulier, jusqu'à apparaître comme une martyre de l'amour, et une future sainte des causes perdues.

 Tout cela est très ambigü. J'ai aimé me plonger dans ce roman, même si parfois, j'ai pu le trouver un peu fade. Oui. J'avoue. Je suis une saleté de lectrice élitiste en matière de romans du XIXème siècle. C'est mon siècle de prédilection que j'aime d'amûr. Du coup, il me faut du lourd. Chez Marie d'Agoult, il y a des passages franchement réussis (mais alors, vraiment, vraiment). Il faut le dire. Mais il y en a d'autres, qui le sont nettement moins (du moins que j'ai jugés comme tel). De ce fait, Nélida m'est apparu comme un roman très inégal, mais cependant très agréable à lire.

Je crois que finalement ce que j'ai le plus aimé, c'est le côté autobiographique. J'ai davantage lu ce roman au travers du prisme des amours réelles de Marie d'Agoult et Liszt que des amours fictives de Nélida et son peintre. Et rien que pour ça, je suis très heureuse d'avoir eu l'occasion de lire ce roman. Je ne suis pas sûre qu'il me marque durablement, mais l'histoire d'amour qu'il recèle en réalité, si. La vie de Marie D'agoult est réellement fascinante. Sa destinée, sans être aussi brillante que celle de son amie George Sand, est tout aussi étonnante.

Et cerise sur le gâteau, la couverture du livre est tout bonnement superbe. La photo ne lui rend malheureusement pas hommage.

Merci donc à ulike  pour cet envoi. chroniquesrentr_e

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On peut lire actuellement 9 billets doux sur cette chronique rédigée et publiée par Alwenn ©
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Ce que vous en dites :

    Intéressant cette histoire que moi non plus je ne connaissais pas! Elle était donc amie avec George Sand?

    Je ne pense pas le lire mais je suis contente d'avoir lu ton billet!

    Ecrit par Sabbio, 03 novembre 2010 à 05:23
  • A Sabbio : oui, elle a été pendant un temps l'amie de George Sand. Deux femmes, deux amants pianistes, deux femmes écrivains qui ont bravé les interdits de leur temps. Je suis ravie d'avoir fait connaissance avec Marie D'Agoult, beaucoup moins connue que George Sand.

    Ecrit par Alwenn, 03 novembre 2010 à 11:18
  • La couverture est effectivement tentante, et l'histoire aussi !

    Ecrit par irrégulière, 03 novembre 2010 à 13:17
  • je ne connaissais pas non plus l'existence de cette liaison.
    Joli nom que Nélida, en effet...

    Ecrit par Violette, 03 novembre 2010 à 14:33
  • A Irrégulière : si tu aimes la littérature du XIXème, tu peux allègrement te laisser tenter alors !

    A Violette : j'ai trouvé le prénom très joli aussi, même si au départ, il avait un côté "bizarre"... ^^ En tout cas, si tu veux en savoir plus sur cette liaison au travers du roman de Marie D'Agoult, c'est vraiment intéressant.

    Ecrit par Alwenn, 03 novembre 2010 à 19:50
  • Je ne connaissais pas cette femme non plus. Ton billet est vraiment intéressant et donne envie de découvrir ce livre. On sent bien ton côté lectrice de "Point de vue" à la fin! (non, j'rigole!)

    Ecrit par Lolli, 08 novembre 2010 à 11:46
  • A Lolli : mais je revendique mon côté "point de vue" ! La vie des gens, j'ai toujours trouvé ça fascinant. Surtout quand ce sont des écrivains, ou des personnages qui ont trait à la littérature !

    Ecrit par Alwenn, 08 novembre 2010 à 12:21
  • L'histoire m'intéresse! Je note!

    Ecrit par Edelwe, 26 novembre 2010 à 20:15
  • A Edelwe : c'est un livre à découvrir je pense !

    Ecrit par Alwenn, 27 novembre 2010 à 15:36

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