07 septembre 2008
Aphorismes
Aphorismes, d’Oscar Wilde (Arléa poche, 269 pages). Terminé le 07 septembre 2008.
Genre : aphorismes
Avis : 5/5
D’aussi
loin que je me souvienne, j’ai toujours été fascinée pas le personnage d’Oscar
Wilde. Je me rappelle par exemple avoir reçu, ado, en cadeau à Noël, un agenda
Oscar Wilde, dont les pages glacées étaient truffées de photos du dandy
irlandais et de ses célèbres répliques. Je n’ai jamais utilisé cet agenda, de
peur de souiller de mon écriture et de mes viles préoccupations un si beau
carnet. Je l’ai toujours depuis, dans ma bibliothèque…
Et
pourtant, il y a peu encore, je n’avais jamais rien lu de Wilde ! Le
personnage me subjuguait mais je ne m’étais jamais aventurée dans ses œuvres… Quelle
tristesse… Et il a fallu un banal mais astucieux roman contemporain (Oscar
Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth), que j’ai adoré,
pour me rappeler que de l’auteur je connaissais tout un tas de choses, mais de
l’œuvre, rien. Et me voilà piquée d’essayer de réparer cette tragique erreur…
J’ai
donc lu il y a peu le fameux Portrait de Dorian Gray, que j’ai
énormément apprécié. Voilà une première erreur réparée. Mon prochain objectif
est de lire son théâtre. Mais avant, j’ai eu la curiosité de lire ses
aphorismes, dont beaucoup encore sont connus et font les bons mots de certains
ingénieux qui s’escriment à copier le maître…
J’ai
donc dévoré en une petite heure ce livre d’aphorismes de Wilde, dérogeant pour
une fois (et c’est une première !) à ma sacro-sainte horreur d’écrire dans
mes livres, en notant d’une discrète croix de papier à crayon les remarques les
plus fines ou qui m’étaient les plus parlantes… Et quel régal ! Un festin
de traits d’esprits. Du grinçant. Du cynisme. De la lucidité. De l’humour. Et
plus que tout, ce qui fait le génie de Wilde, du paradoxe ! Je me suis
émerveillée à la lecture de chaque page, dans chaque thème, du génie brillant
et inventif de la pensée wildienne. Qu’il devait être bon d’avoir Wilde à sa
table ! Qu’il ait fasciné ses contemporains comme il peut encore nous
fasciner n’est pas étonnant. Comme il se plaisait à dire lui-même, il n’avait
que son talent à mettre dans ses œuvres, gardant son génie pour sa vie.
Le
livre propose donc un florilège des meilleures réparties de Wilde, classées
selon des thèmes. 46 thèmes pour être plus exacte, qui vont de l’argent aux
parents, en passant par l’amour et l’amitié, mais faisant un détour aussi par
le tabac, la vérité ou encore le travail. Il serait inutile et fastidieux pour
moi de répertorier tous les thèmes abordés, mais il est bon de noter que rien,
dans cette société victorienne fin de siècle, n’est épargné par son esprit et
son intelligence… pour notre plus grand bonheur aujourd’hui. Un vrai thésaurus
au sens étymologique du terme : un trésor. Et qui me donne encore plus
envie de plonger dans l’univers de Wilde, que ce soit par ses œuvres ou sa vie.
A
noter aussi une très intéressante préface écrite par Stephen Fry, acteur
anglais qui a joué le rôle de Wilde au cinéma aux côtés de Jude Law (dans le
rôle de Lord Alfred Douglas), et qui analyse son rapport avec l’auteur avec
humour (anglais, bien sûr, toujours !) mais aussi réalisme. Il tâche
d’essayer de comprendre le rapport que notre monde moderne entretient aujourd’hui
avec la figure mythique de cet écrivain original et l’image que l’on se fait de
lui avec la réalité de ce qu’à été l’homme dans sa vie, brisé sur l’autel de la
bienséance et de l’hypocrisie, passant du faîte à l’abîme dans des
circonstances qui nous paraissent aujourd’hui aberrantes… et pourtant !
Telle est la vie de Wilde, et tel est ce qui a contribué à faire de lui la
légende qu’il est devenu…
Je
terminerais ce billet enthousiaste et admiratif par quelques aphorismes que
j’ai pu noter, et qui me parlent particulièrement en ce moment :
- « En ce monde, il n’y a que deux véritables tragédies. La première est de ne pas obtenir ce que l’on désire, et la seconde de l’obtenir. »
- « Toujours ! Quel mot épouvantable ! Quand je l’entends, j’en frémis. Les femmes aiment tellement l’utiliser. Elles gâchent tous les romans d’amour en essayant de les faire durer éternellement. En plus, c’est un mot qui ne veut rien dire. La seule différence entre un caprice et la passion de toute une vie, c’est que le caprice dure un peu plus longtemps. »
- « Vivre c’est ce qu’il y a de plus rare au monde. La plupart des gens existent, voilà tout."
- « C’est quand il parle en son propre nom que l’homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque, et il vous dira la vérité. »
- « Il n’y a que sur les sujets qui ne nous intéresse pas que nous parvenons à former une opinion vraiment objective, ce qui est sans nul doute la raison pour laquelle une opinion objective n’a jamais la moindre valeur. »
Et
que cette dernière pensée ne vous égare pas : l’intérêt que je porte à
Oscar Wilde n’obscurcit en rien mon jugement et mon avis est tout ce qu’il y a
de plus objectif… ;) Car se mesurer à l’esprit incommensurable de Wilde à
travers ses aphorismes c’est finalement se rendre compte de toute notre
petitesse face au génie d’un tel homme…

