06 novembre 2006
Un pedigree
Un pedigree, de Patrick Modiano (Folio
Gallimard, 91 pages). Terminé le 06 novembre 2006.
Genre : Littérature-
autobiographie
Avis : 3/5
RESUME EDITEUR : « J'écris ces
pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire
et sans doute pour en finir avec une vie qui n'était pas la mienne. Les
événements que j'évoquerai jusqu'à ma vingt et unième année, je les ai vécus en
transparence - ce procédé qui consiste à faire défiler en arrière-plan des
paysages, alors que les acteurs restent immobiles sur un plateau de studio. Je
voudrais traduire cette impression que beaucoup d'autres ont ressentie avant
moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma
vie. »
Parmi
les petits bonheurs de l’enseignement des lettres, il y a les cadeaux des
maisons d’édition. J’ai donc eu le plaisir de recevoir il y a deux jours dans
ma boîte aux lettres cet exemplaire de Pedigree de Patrick Modiano. Je
dois (honteusement) avouer que je n’ai jamais rien lu de lui avant. Je connais
les titres qui ont fait son succès mais je ne me suis jamais donné la peine de
plonger dans l’un de ses romans.
C’était
donc ici l’occasion qui faisait le larron. A la lecture de la quatrième de
couverture, j’ai cru qu’il s’agissait d’un roman au narrateur interne fictif, mais
j’ai vite compris qu’il s’agissait en réalité d’une autobiographie. J’ai
d’abord eu un mouvement de recul : je n’ai jamais trop su si Sainte-Beuve
avait raison en pensant qu’une œuvre est avant tout le reflet d’un homme
(« Tel arbre, tel fruit ») et je me suis demandé s’il était vraiment
opportun de lire l’autobiographie de Modiano sans avoir lu aucun de ses livres.
Et puis je me suis abandonnée au rythme des lignes.
Au
départ, la généalogie presque exhaustive de l’auteur peut rebuter : une
suite de noms, aux consonances exotiques et mystérieuses, au parfum suranné des
années d’avant guerre ; un climat presque de film. Mais une fois passé ces
pages, Modiano livre des instants de sa jeunesse par bribes, comme un patchwork
des vingt première années de sa vie. Et certains passages sont touchants,
émouvants : une mère presque toujours absente, qui veille encore moins sur
ses garçons que sur un chow-chow, qu’elle abandonne au soin des autres. Un père
qui est véritablement un personnage : mystérieux, fripon, charmeur, homme
d’affaire, rêveur… un être visiblement complexe que Modiano admire et qu’il
regrette sans doute de ne pas avoir connu assez. La mort de son frère Rudy,
dont il avoue que c’est l’événement de sa vie qui le marque le plus et qui
paradoxalement est évoqué pudiquement sur quelques lignes… Les moments
s’enchaînent, sautent d’une image à une autre comme la mémoire peut le faire quand
on essaie de se souvenir de quelque chose.
Je ne
pense pas qu’il y ait de recherche particulière dans le style ni de maniérisme
dans l’évocation des souvenirs. C’est livré naturellement, presque avec naïveté
et c’est cela sans doute qui m’a le plus émue ; ça se lit d’une traite, en
une heure et ça laisse dans l’esprit un vague à l’âme… Le temps passe, chaque
être vit des événements qui le constituent, mais derrière le détail particulier
de chacun, c’est l’universalité des sentiments qui s’expriment et qui résonnent
en écho chez le lecteur.
Petite
lecture plaisante donc, mais je dois avouer que si je ne l’avais pas eu en
cadeau, je ne serais pas de moi-même allée le chercher… Et c’est ainsi que dans
sa vie on fait des choix et que sans doute, on passe à côté de centaines de
livres…

