19 mai 2009
Jane Austen
Jane Austen, de Carol Shields (Fides, 234 pages). Terminé le 17 mai 2009.
Genre : biographie
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : La grande romancière canadienne, Carol Shields, retrace le
parcours fascinant d'une femme dont les œuvres continuent de séduire des
générations de lecteurs depuis plus de deux cents ans. Shields suit Jane Austen
depuis son enfance au presbytère de Steventon jusqu'à ses derniers moments à
Winchester; elle se penche sur ses relations familiales, ses liens privilégiés
avec sa sœur Cassandra, ses amitiés, ses espoirs matrimoniaux déçus. Au fil des
pages, elle révèle aussi bien la femme privée que l'écrivain de génie, l'auteur
de classiques tels Le cœur et la raison, Orgueil et préjugé et Emma. Ponctué
des fines observations d'une romancière chevronnée sur le processus créatif, ce
magistral portrait de Jane Austen constitue également une réflexion sur la
façon dont naissent les grandes œuvres.
Voilà une biographie qui se laisse lire
tranquillement… Je ne suis d’ordinaire pas très portée sur ce genre, que je
juge souvent rébarbatif et peu entraînant. Mais cette biographie de Jane
Austen par Carol Shields se lit rapidement et propose de courts chapitres qui
s’enchaînent parfaitement.
Ce qui m’a le plus marquée dans cet ouvrage, c’est
que finalement, on ne connaît que peu de choses sur la vie de la grande
romancière anglaise. Sa correspondance, qui aurait pu être d’une grande
aide dans la constitution d’un portrait assez fidèle de la femme dans sa vie
quotidienne, ses humeurs et ses sentiments, a été partiellement détruite par
sa sœur ainée Cassandra, qui ne voulait donner de sa sœur qu’une image sans
aspérité. C’est dommage et dommageable pour la connaissance que nous pouvons
donc nous faire de Jane Austen. J’ai eu tout du long l’impression de lire une
biographie fragmentaire qui, finalement, ne nous donnait peut-être pas l’image
la plus approchante de la réalité. Même les rares portraits que nous avons
d’elle sont soumis à caution. De toute la famille Austen, elle est la seule,
avec son frère Georges qui était handicapé, à ne pas avoir eu de portrait…
Autre point surprenant, c’est la vie presque
étonnamment « plate » qu’elle a vécue, et qui contraste avec ses
romans foisonnant de vie et de sentiments… C’est tout de même assez
extraordinaire qu’une femme qui connut peut-être tout au plus un flirt dans sa
vie, parle avec autant d’exactitude et d’acuité de la nature humaine en matière
de sentiments…
Je n’avais vraiment aucune idée de ce qu’avait pu
être la vie de Jane Austen avant de me plonger dans cette autobiographie, et, à
plusieurs reprises, je me suis mise à penser qu’elle avait presque eu une vie malheureuse :
le déménagement forcé à Bath, le décès de son père qui la mit, elle et
ses soeurs dans la difficulté financière, son histoire d’amour
à peine ébauchée et avortée avec le séduisant Tom Lefroy (ci-contre), et pour clôturer
le tout , sa maladie, qui la terrassa, et
dont on ne sait encore pas trop aujourd’hui déterminer l’exacte nature…
Et malgré ça, une production littéraire, qui,
bien que toujours trop brève pour les fans, révèle d’une manière admirable le talent d’une femme qui
vécut au travers de ses personnages, par procuration, ce qu’elle ne put vivre
elle-même. J’en éprouvai à certains moments de la pitié. Et en même temps,
eût-elle été mariée et eût-elle vécu une vie remplie de son temps qu’elle
n’aurait peut-être pas écrit ces livres et qu’on ne la reconnaîtrait pas
aujourd’hui comme l’écrivain de talent dont elle arbore l’identité…
D’ailleurs, j’ai appris aussi qu’elle rédigea Pride
and Préjudice à l’âge de 21 ans ! Quelle maturité extraordinaire dans
ce roman, écrit par une toute jeune femme !
Le livre de Carol Shields donne ainsi à voir ce que
fut –peut-être- la vie de Jane Austen, sans tomber dans le romancé, mais sans
non plus proposer quelque travail aride de recherches biographiques. Elle
s’offre même le plaisir de commenter un peu les livres de la romancière au
regard de la vie que cette dernière vécut, tentant à la manière de
Sainte-Beuve d’appliquer le fameux précepte de critique littéraire « Tel
arbre, tels fruits »…
C’est d’ailleurs ce que fait plaisamment le film de
Julian Jarrold, Becoming Jane,
que j’ai regardé dans la foulée : où comment à partir de lettres évoquant
le nom d’un certain Thomas Lefroy, qui semblât conquérir le coeur de Jane sans
parvenir à l’obtenir (pour de fades raisons pécuniaires, comme c’était souvent
le cas à l’époque…), on peut imaginer que cet échec sentimental donna naissance
au scintillant roman Pride and Prejudice…
Dois-je préciser que j’ai passé un trèèès
agréable moment avec ce film ? J’ai trouvé que l’atmosphère
austenienne y était juste par-faite, même si Anne Hathaway incarne pour moi
une (presque) trop jolie Jane Austen (personne n’a jamais dit qu’elle était
laide, mais elle n’était pas non plus une beauté selon les canons de
l’époque…).
Les clins d’œil aux œuvres de Jane Austen y
foisonnent (la présence d’Ann
Radcliff pour Northanger Abbey par exemple) dont, forcément, le très fameux Pride
and Préjudice. Finalement, Becoming Jane est à Jane Austen ce que Shakespeare
in love est au dramaturge anglais : une charmante extrapolation
d’un fait biographique en romance, habilement mêlé à la brillante œuvre littéraire.
Comment ne pas reconnaître Lady Catherine de Burgh
dans Lady Grisham ? Comment ne pas voir un avatar du pasteur Collins en
Wisley ? Ou voir encore Mrs Bennet dans la mère de Jane Austen… C’est
un plaisir de décrypter toutes ses clins d’œil et ses références à l’univers
d’Austen… un régal pour les Janéites ! :D
J’ai en outre beaucoup apprécié la prestation de
James McAvoy dans le rôle de Tom Lefroy, et on ne peut s’empêcher de
soupirer de désespoir avec les deux jeunes amoureux sur leurs amours
contrariées… (Très miam, ce James McAvoy, tout de même… ^^).
Bon, il ne faut pas se leurrer, l’affiche du film
titre : « Jane Austen’s most extraordinary romance was her own”
mais tout cela est trèèès romancé, puisqu’au final on ne connaît que
très peu de choses sur l’histoire qui lia Thomas Lefroy et Jane Austen, et que
quoiqu’il se soit passé, ce n’est sans doute pas allé au-delà d’un flirt. En
tout cas, c’est ce que laissent supposer les rares lettres qui nous sont
restées.
Mais j’avoue que bien que je venais tout juste de
lire la biographie, et que je savais donc qu’un certain nombre d’éléments
étaient totalement inventés pour les besoins du scénario, comme on
dit, peu m’importait… je me suis laissée prendre dans cette histoire
et mon petit cœur de guimauve a fondu de nombreuses fois…
Et cette dernière scène qui nous présente une Jane Austen
vieillissante, lisant des pages de Pride and Prejudice devant Thomas
Lefroy et sa fille Jane, referme avec une touche délicate et pleine de
regrets cette romance que Jane Austen elle-même n’aurait peut-être pas reniée…
Merci beaucoup à Cuné pour le prêt de la biographie !


