Fabula Bovarya

A tous ceux qui sont atteints d'un incurable bovarysme...

21 novembre 2009

Twilight 2

afficheComme c’est étrange… Alors qu’il y a quelques jours à peine, j’écrivais chez Erzébeth que mes 15 ans me manquaient parfois (à certains points de vue seulement, hein... pas folle la guêpe !), je suis sûre de ne plus vous dire la même chose ce matin, après mon passage au cinéma hier soir…

Twilight 2 ou comment se sentir à côté de ses pompes dans une salle de ciné saturée d’hormones juvéniles…

Twilight 2 ou comment se faire du fric en exploitant la mièvrerie adolescente.

Que je vous esssplique donc : 3 copines, entre 30 et 40 ans, décident d’aller voir Twilight 2. Alibi fallacieux : 3 petites nénettes de 15 ans à conduire au ciné. Raison véritable : ont un cœur de midinette et sont tout aussi emballées d’aller voir Rob et consorts.

Las… Le temps fut long en réalité… Trèèès long. Mais heureusement, pour pallier cette lenteur, vous pouvez… rire.

Oui,  je sais. Ce n’est pas le but escompté du film, mais là, franchement, faut arrêter de se voiler la face : il y a des passages franchement mauvais dans ce film, et le tout donne quelque chose de plat voire ridicule. Enfin, tout dépend de quel point de vue on se place. Les petites nanas de 15 ans ont trouvé ça « troooop bieeeen ! ». Ben nous, non.

Autant donner mes points bonus tout de suite, parce que pour le reste, je risque de bien balancer :

- J’aime toujours autant Charlie, qu’on voit très peu (normal) mais je trouve qu’il tient vraiment bien la route.

- D’après mes souvenirs lointains du roman, il me semble que le scénario est plutôt bien respecté.

volturi- Le passage chez les Volturi, reste, comme dans le roman, mon passage préféré. Même si je ne m’imaginais pas Aro, Marcus et Caïus comme ça. Et même si ça reste tout de même vachement mieux dans le livre.

- Il a parfois des  essais d’humour volontaire qui sont presque réussis.

- La rencontre entre Bella et Emily dans la réserve de la Push, au petit déjeuner des loups.

- Et enfin, ben, euh… ben rien. Je crois que c’est tout ce que j’ai retenu.

Pour le reste, c’est déception et amusement :

- Non, décidément, ils n’ont toujours pas les moyens d’embaucher une maquilleuse digne de ce nom : j’aime bien Pattinson (quoique je ne puisse pas dire non plus que j’en raffole) mais ils lui ont encore barbouillé le teint en blafard et les lèvres en Marquise de Pompadour. Bouh. Ça casse tout encore.

- C’est quoi ces lenteurs abominables ? Le film s’étend, s’étire… Même entre les répliques, tu as le temps de prendre trois poignées de pop-corn.

- Les dialogues sont… comment dire… navrants parfois ? Ou alors c’est c’est la version française qui est molle du genou. Je ne sais pas. Mais si Roméo et Juliette est érigé en modèle de l’histoire d’amour filmée, faut pas vous attendre pour autant à du Shakespeare. Oh, non…

- Il y a des scènes que j’ai trouvées particulièrement ridicules : l’apparition du premier loup-garou (mouarf ! c’est quoi cette peluche ? Y’a un gars qui tient un bâton au bout et qui fait avancer la marionnette dans un décor de fougères ??? ^^), la montée de Jacob dans la chambre de Bella (admirez ce dernier tour de rein pour passer la fenêtre...), la volonté de Jacob et de sa meute de toujours se mettre à demi à poil sous prétexte qu’il ont 42 degrés de température (tout ça pour montrer des mecs sous anabolisants… mouaif…), et le must du must, le remake « Belle des champs » sauce vampire in the woods dans une vision d'Alice. Ça donne ça (ci-dessous) et c’est vraiment ridicule. Comme toutes les scènes filmées au ralenti d'ailleurs.

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Il y a presque un côté royal canin, non ?

Le tout donne donc quelque chose de raté pour moi. Je me suis plutôt ennuyée dans l’ensemble, et je me suis dit un nombre incalculable de fois que je décidément, je n’avais plus ma place pour voir un tel film. Qui a plu toutefois à de nombreux autres que moi, je le sais. Preuve avec les sifflements hystériques de la salle quand Jacob enlève son t-shirt pour la première fois, ou qu’on le voit la première fois les cheveux courts, shooté aux stéroïdes. Preuve aussi avec les soupirs énamourés qui suivaient chaque (maigre) apparition d’Edward. Preuve avec les applaudissements (oui, je dis bien les applaudissements) qui ont éclaté lorsqu’a résonné le profond « Epouse-moi » final.

Mais preuve que je ne suis pas la seule à avoir été déstabilisée, avec les sifflets qu'il y a eu à ce même moment.

Je crois que le plus étonnant dans cette expérience twilightesque a été de voir les réactions de la salle, bondée, et très variée au niveau du public. Je n’avais jamais vu une salle réagir aussi ouvertement. En bien comme en mal d’ailleurs. Très troublant.  

Enfin bon, pas besoin de faire un dessin au final : beaucoup de longueurs, des dialogues un peu minables, des clichés en matière de scénario, mais aussi dans la manière de filmer, et trop de foin sur des corps masculins à peines pubères et pourtant taillés dans le marbre grec.

Mon dieu, c’est terrible. Je viens de me rendre compte que je suis une vieille. :/

EDIT : Et pour rigoler, n'hésitez pas à aller voir l'article de Pascale, Sur la route du cinéma. Merci Aifelle de m'avoir signalé ce désopilant article ! :))


14 novembre 2009

Wuthering Heights

heathcliffWuthering Heights, film de 1992, de Peter Kosminsky avec Juliette Binoche et Ralph Fiennes, d'après le roman D'Emily Brontë.

Bon, j'ai réussi à me trouver un peu de temps pour visionner l'adaptation cinématographique des Hauts de Hurlevent qui traînait dans ma dvdthèque depuis un petit bout de temps. Alors, un peu plus d'une heure et demie plus tard, que puis-je en dire ?

La première chose, et je pense que ça n'étonnera nullement personne, c'est que le film est trèèès loin d'approcher ne serai-ce qu'un dixième du souffle puissant du roman d'Emily Brontë. Mais bon, ça, compte tenu du livre en question, on s'en serait douté... Je n'imagine même pas la difficulté à laquelle les scénaristes ont dû se heurter quand il a fallu écrire le scénario...

emily_bronteScénario qui d'ailleurs n'est pas si mal que ça, en fin de compte. Il reprend bien les éléments du roman, et on observe finalement peu de licences par rapport à la trame principale du roman (et compte tenu de ce que l'on est supposé pouvoir faire en une heure et demie...). En revanche, ils ont voulu faire un petit effet de style avec une mise en abîme de l'auteur elle-même dans sa propre oeuvre, ce que j'ai trouvé plutôt ridicule. On « assiste »donc ainsi à la  naissance de cet immense roman par une jeune fille de trente ans à peine, qui au détour d'une balade dans la lande, découvre une maison abandonnée et a ainsi l'idée d'imaginer  la vie des habitants qui ont pu la peupler. Mouaif. Moyennement convaincant. Il valait autant grader le point de vue de la narratrice principale, Nelly.

lieuxMa deuxième déception a été dans le choix des demeures : jamais je ne me suis imaginé Wuthering Heights comme cet imposant château néo-gothique, plongé dans des brumes inquiétantes, et qui convient davantage au Northanger Abbey de Jane Austen plutôt qu'à la demeure de Hurlevent. Bon, chacun est libre de se représenter les choses comme il l'entend, mais là, vraiment, je trouve que ça ne cadre pas du tout avec l'image que je m'en étais fait lors de ma lecture du roman. De même, je trouve Thrushcross Grange beaucoup trop opulent et trop « cliché » : voilà la représentation parfaite de la demeure campagnarde anglaise de bon goût, au pied d'un riant parc ou paissent tranquillement les vaches... Le contraste est fort entre les deux demeures, et il fallait bien le montrer, mais là, c'est trop caricatural. Bref, je n'ai pas aimé ce choix-là non plus.

Autre choix qui n'a pas été de mon goût (puisque je suis partie dans les remarques qui fâchent, autant continuer, hein...) c'est le traitement des personnages principaux.

Commençons par Heathcliff : le choix de Ralph Fiennes n'est pas mauvais en soi, je le reconnais (même si je n'arrive jamais à être très objective avec le clan Fiennes, il faut l'avouer... hem...) et dans certaines postures, il faisait un heathcliff plutôt convaincant : enfant mal dégrossi au début, rustre « domestiqué » ensuite, pour finalement devenir cette usurpation de gentleman farmer empli de fiel, de morgue et de violence. Un jeu d'acteur tout à fait correct et des yeux perçants ont fini par me convaincre d'avoir Heahtcliff en face de moi. Mais... mais... mais d'un côté, il y a des choses à reprocher tout de même... Tout d'abord, entre le Heatcliff tout jeune homme d'à peine vingt ans, et celui d'une quarantaine d'année, ben... il n'y a aucune différence ! Si vous la voyez, vous me dites, hein. Parce que moi, si je n'avais pas vu le film, à part peut-être les habits, je ne suis pas capable de dire lequel est encore jeune freluquet et lequel est l'homme froid et impitoyable qu'il est devenu.

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On passera allègrement également sur l'espèce de perruque ou de malheureuses extensions capillaires un peu grasses que même André Agassi dans ses meilleurs jours n'aurait pas renié...

Mais on peut faire la même chose avec Catherine ! (j'ai eu peur de sa choucroute crêpée quand je l'ai vu monter à cheval... Les années 90 ont tout de même réussi à faire une intrusion fracassante dans le monde victorien d'Emily Brontë... si c'est pas une misère, ma brave dame...). La même Juliette Binoche pour faire Cathy Earnshaw et Catherine Linton relève à mon avis de la volonté de souligner la filiation entre les deux personnages, certes, mais ça fait aussi « petit budget » et c'est un peu dommage. Parce que crêper des cheveux oxygénés et coller des lentilles bleues sur les yeux, c'est vrai que c'est plus facile que d'engager quelqu'un d'autre. Et en même temps, si je fais taire la langue de vipère qui est en moi, je dois dire que ce choix de maintenir la même actrice peut se justifier : pour accentuer la filiation entre les deux personnages, comme je l'ai dit, mais aussi pour montrer que malgré l'extrême ressemble d'avec sa mère, Heathcliff est tellement rongé par la haine et la vengeance qu'il n'hésite pas à frapper et malmener Catherine, chose qu'il n'aurait jamais fait avec Cathy. Donc, bon, ça se discute comme on dit...

cathycatherine

Le choix des autres personnages reste acceptable, même si, bien sûr, c'est toujours mieux dans sa tête...

landesL'ambiance du livre est plutôt bien rendue. Les atmosphères un peu inquiétantes, ou les paysages désolés de la lande anglaise sont ma foi plutôt bien filmés. Même si, toujours, j'ai trouvé ça encore parfois à la limite du « too much ». J'ai l'impression qu'à trop vouloir insister sur les caractéristiques essentielles du roman, et à vouloir les rendre par l'image, le réalisateur est tombé dans le piège du caricatural. Comme par exemple ce véritable champ de pierres sur la lande qui marque les amours adolescents de Cathy et Heathcliff, mais aussi le moment douloureux où Heathcliff commence sa lente descente aux enfers après la mort de Catherine.

cathyheathcliffD'ailleurs, je trouve que cet amour, qui dans le livre est tout même assez particulier puisqu'aucun des deux protagonistes ne l'avouera jamais vraiment à l'autre, avait subi un traitement trop hollywoodien là aussi. Il est trop exprimé, trop visible, il n'atteint pas la subtilité qu'il acquiert dans le roman à force de détours, sous-entendus et malentendus. Parfois, j'ai un peu eu l'impression de regarder Les Hauts de Hurlevent pour les nuls...

Pourtant, certaines scènes sont plutôt bien réussies (la scène de la déclaration de Catherine à Nelly, après la demande en mariage d'Edgar par exemple), mais dans l'ensemble, le film pèche par excès de simplification ou mauvaise appréciation des subtilités du roman.

Dire que je suis déçue serait donc assez juste. Même si je dois avouer que j'ai tout de même passé un sympathique moment (mais sans plus). La condition sine qua non pour aimer sans condition ce film reste tout de même selon moi de ne jamais avoir lu le livre d'Emily Brontë ou alors de l'avoir lu depuis si longtemps qu'on l'a oublié.

Pour être honnête, j'ai plus souvent grincé des dents que souri.

Si vous êtes parvenus jusqu'au terme de cet article, vous aurez donc compris que ce film ne restera pas gravé dans ma mémoire. J'ai bien conscience de me montrer sévère, mais comment réagir différemment quand on vient tout juste de reposer le livre ? Ça reste un film sympa, voire agréable, si on n'a rien d'autre à se coller devant les mirettes. Mais, ce n'est pas LA représentation escomptée du chef d'oeuvre de la jeune romancière anglaise. Je ne sais pas s'il y a d'autres adaptations, et ce qu'elles valent, mais à mon avis, LE film qui saura rendre toute la puissance du roman reste encore à faire...

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13 avril 2009

Dracula, encore et toujours...

stokerIl y a peu, je refermais les pages du seul et unique Dracula, celui de l’écrivain irlandais Bram Stoker (ci-contre). Lecture fondamentale s’il en est pour qui se targue d’être mordue de vampires depuis la découverte du clan Cullen il y a maintenant 3 ans. Du coup, la lecture de Stoker m’avait donné envie de regarder à nouveau le Dracula de Coppola, ce que j’ai fait il y a maintenant une quinzaine de jours. Mais quand j’ai évoqué cette adaptation du mythique buveur de sang, Ys m’avait fait remarquer que THE adaptation était pour elle celle de Tod Browning de 1931. Je l’ai donc visionnée aussi, et je vais essayer de faire un petit topo de ce que j’ai aimé, moins aimé, retenu, et ce qu’il vaut mieux oublier…

 

Commençons par le film de Coppola. Si vous voulez un excellent pitch, rendez-vous sur le blog de Neph qui vient justement de publier un article sur le film. Très bon résumé à la manière de « c’est l’histoire d’un gars » de Coluche… ^^ Vraiment, n’hésitez pas à cliquer sur le lien, ça vaut le détour (et ça m’évite en plus de devoir tout raconter à nouveau ! :) )

 

Alors, alors… que dire sur cette version ? … Eh bien, pour être franche, j’aime beaucoup. Oh, bien sûr, il y a tout un tas de défauts complètement rédhibitoires, quand j’y pense bien, mais quand je n’envisage l’adaptation que sous la forme vague d’un ensemble, je dois dire que ça m’évoque un bon souvenir.

J’ai tout particulièrement aimé le fait que par rapport au roman, le scénario du film tente réellement de reprendre les moments importants de l’histoire. Comme toute adaptation, elle n’envisage pas le roman intégralement et dans le respect des moindres détails, mais j’ai trouvé que l’ensemble demeurait tout de même relativement fidèle à l’esprit de Stoker. La trame narrative est presque identique, les personnages présents dans le roman le sont presque tous dans le film et les lieux évoqués dans le livre le sont aussi dans l’adaptation. Bref, de prime abord, Coppola a su rendre hommage au maître tout en affirmant son originalité de distanciation obligée.

 

dracu1iz7Le casting est pour moi très bon : Winona Rider fait une parfaite Mina un peu nunuche, à l’instar du livre, Jonathan Harker/Keanu Reeves est un jeune clerc sans expérience, un col-blanc à peine dégrossi et sorti de l’adolescence, Hopkins campe un excellent Van Helsing, un peu jeté mais parfaitement entraîné à mater les phénomènes surnaturels. Enfin, Gary Oldman incarne pour moi un Dracula irréprochable (mais là, je cesse d’être objective puisque j’ai une affection toute particulière pour cet acteur depuis déjà de longues années… Neph, preuve de mon manque total d’objectivité ? J’aime même ses ridicules petites lunettes violettes et son costume impeccable de parfait dandy londonien à la Depp… ^^)

 

Dans sa réalisation même et son aspect technique, je trouve que ce film est un petit bijou : les plans sont extrêmement esthétiques, outrageusement travaillés parfois, en partant de la couleur jusqu’aux effets spéciaux et en passant par la bande originale du film dont je suis fan (cette musique lancinante qui marque les élans des cœurs de Gary Oldman et Winona Rider qui se cherchent… Pfff… j’suis une indécrottable romantique…). C’est peut-être d’ailleurs cette composition artistique très « Coppola » qui fait dire à Ys qu’elle trouve le film par trop « baroque ». Et même si, je le répète, j’ai bien aimé le film dans l’ensemble, je ne serais pas loin non plus de lui accoler ce même adjectif pour le caractériser au plus près, sans forcément y voir une teinte trop péjorative.

 

En revanche, le film comporte un certains nombre de défauts qui m’ont tout de même sérieusement agacée… Commençons par la permanente présence d’une sensualité débridée tout au long du film. Et encore, je parle de sensualité, mais je crois que cela va encore plus loin que ça. La mythologie vampirique accorde une importance non négligeable à la sensualité et à l’érotisation. Mais là, le corps, dans ses besoins et ses désirs, est animalisé et sexualisé inutilement. C’était dans l’air du temps –et ça l’est toujours-, d’exhiber la sexualité comme une bête intérieure que l’on ne cesse de dompter, ou au contraire, auquel on est fier de succomber. Toujours la bataille du tout répressif opposé au tout laxiste. Mais honnêtement, cela rajoute-t-il quelque chose à l’histoire ? Non. Rien du tout. Comme on le verra avec la version de Tod Browing, la sensualité exprimée par les vampires n’est jamais très loin. Mais là, dans cette version, c’est trop. Le summun du too much tombant dans le ridicule étant atteint selon moi lors de la scène où Lucy est livrée aux assauts bestiaux de Dracula, étrangement transformé pour l’occasion en lycanthrope hors-de-propos (fantaisie dont le choix n’est pas innocent en soi si l’on repense à la sexualité animalisée qu’on évoquait plus haut… ) La pauvre Lucy est d’ailleurs rabaissée au rang de vulgaire allumeuse qui au final n’a que ce qu’elle mérite puisqu’elle finira par rejoindre le Prince des Ténèbres et son sérail de goules perfides et perverses. Bref, le mieux est l’ennemi du bien, et en voulant rendre trop apparent l’érotisation de la mythologie vampirique, Coppola n’a pas su, selon moi, éviter l’écueil de la sexualisation vulgaire de l’histoire.

 

bramstoker_draculaLe deuxième défaut, si l’on se place du point de vue d’un strict respect de l’intrigue de Stoker est cette histoire d’amour entre Mina et Dracula, qui est totalement absente du roman. De prime abord, c’est aussi très choquant, cette adjonction. Très hollywoodien et donc très inutile. J’en conviens.

Mais mon cœur est un vrai puits à bluettes, et depuis la première fois où j’ai vu ce film, quand j’étais ado, je n’ai pu résister à cette histoire d’amûûûûr… Je retire donc un sentiment très étrange qui veut que je me dise : « Tout de même ! Coppola est très loin de respecter l’esprit de Stoker dans cette adaptation ! » et que je parvienne à penser dans le même temps «[mode deux neurones ON]  « Rhô, lâ, lâ… Un amour intemporel comme ça… qu’est-ce que c’est bôôôô… [mode deux neurones OFF] ». J’en arrive donc à reconnaître un certain talent de fabuliste à Coppola, qui a su greffer habilement cette romance (allez, ne soyons pas bégueules, et reconnaissons-le : c’est une adjonction qui trouve sa place aussi facilement que si elle avait toujours été présente…) à l’histoire originale rédigée par Stoker…

 

Du coup, je reviens à ce que je disais au début, je finis, malgré tous les défauts visibles de cette adaptation, à en retirer un sentiment à la fois brillant et poignant. Les qualités masquent les défauts avec élégance et finesse, de sorte que l’effet global s’imprime en tête comme un film « sympa et plutôt réussi ». Même si le côté sexy vulgaire m’a énervée au plus haut point…

 

Le renversement des sentiments que provoque ce comte Dracula presque humain, dont les larmes atteignent le cœur de Mina et des spectateurs, a de quoi faire hurler les puristes et le chevronnés gothiques, mais j’aime assez cette audacieuse idée qui fait de l’être le plus vil, un humain sacrifié sur l’autel de la religion, rendu fou de douleur par la perte de son amour éternel…

 

minaQue dire alors de la version de 1931 de Tod Browning ? Je ne crois pas avoir vu avant cette adaptation en entier, même si des extraits m’étaient tout de même très familiers. Dans le rôle titre de Dracula, l’acteur hongrois Bela Lugosi et son accent particulier, aux consonances très « transylvaniennes »… J’ai beaucoup aimé découvrir cette adaptation car je me suis revue, quand ma mère enregistrait les vieux films du « Cinéma de minuit » et qu’on se les regardait le dimanche suivant en séance de rattrapage. Indubitablement, c’est une version à voir, ne serait-ce que pour Bela Lugosi. C’est le genre de film qui fait partie du patrimoine cinématographique et culturel.

 

Mais cette version n’est pas pour moi non plus satisfaisante et les quelques défauts que j’ai pu y relever ne m’ont pas permis de l’élever plus haut que la version de Coppola (mais peut-on comparer des films qui n’ont pas vu le jour à la même époque et dans les mêmes conditions ? Rien n’est moins sûr…). Ainsi, la première chose à m’avoir heurtée est la situation temporelle de cette adaptation : les années 1920/1930…

Les filles avec les robes un peu années-folles, et les hommes en feutre et costumes de flanelle, c’est pour le moins… inattendu !

 

On pourra aussi trouver les décors très kitsch : toiles d’araignées géantes (les toiles. Et les araignées aussi, remarque…), escalier monumentaux en carton pâte, herses médiévales, candélabres factices et, le must, chauve-souris automate. Bon, ce n’est pas gentil de se moquer. En 1931, on fait avec les moyens du bord.

 

dracubelaLa réalisation est en fait très théâtralisée. A la limite de la lenteur des films muets qui précèdent l’émergence de ce nouveau cinéma parlant. Le côté silencieux des scènes, même celle où le suspense est à son comble, renforce ce côté « vieux film ». De même, la gestuelle de Bela Lugosi est tout bonnement surprenante et assez bluffante. Aujourd’hui, on trouve ça surfait, exagéré, compassé. Mais la décomposition des mouvements de ses mains, notamment, quand il les replie pour en faire des appendices crochus, ou encore quand il soulève le couvercle de sa caisse-cercueil, est assez hallucinante.

 

Bela Lugosi, dans son interprétation, fait du personnage de Dracula un séducteur presque hypnotique. On est loin du Nosferatu de Murnau (vu aussi dans ma jeunesse) qui renvoie à la pure tradition démoniaque du vampire. Ici, le comte semble cultivé, riche et propre à inspirer aux jeunes femmes les sentiments les plus vifs. Et pour en revenir à cette sensualité propre à la mythologie des vampires, on la retrouve ici dans des plans où le vampire s’approche du cou de ses victimes et les enveloppe derrière sa cape comme pour masquer des ébats privés et initimes…

 

Cependant, si je reprends le fil de ma pensée, la simplification de l’histoire de Stoker est encore plus prégnante ici que chez Coppola : Mina est la fille de Seward (c’est quoi cette hérésie ???), Harker est toujours aussi blanc-bec avec ses reinfieldpantalons de golf. Limite ridicule quand il essaie de sauver Mina à la fin, et Van Helsing fait un peu figure de professeur Foldingue. Exit en revanche Lord Goldaming, Quincey ; Lucy quant à elle est toujours attirée par le séduisant et mystérieux Comte. Il y a donc tout de même des invariables qui évitent de perturber les schèmes inconscients implantés…

Reinfiel prend en outre dans cette version une part extrêmement importante (trop ?). J’aurais presque tendance à dire qu’avec Dracula, il est le deuxième héros de cette adaptation. L’acteur qui l’incarne, Dwight Frye, est d’ailleurs excellentissime. Tout est encore dans la théâtralisation mais il renvoie une vive folie avec force conviction. Une vraie performance d'acteur qui m'a laissée admirative.

 

J’ai donc bien aimé cette adaptation, même si, selon moi, elle ne propose pas non plus la vision la plus proche de l’esprit de Stoker. Elle est aussi trop marquée dans l’époque de sa réalisation. Ce qui en fait un excellent témoignage cinématographique plus qu’une adaptation méritante. Sauf peut-être en ce qui concerne Bela Lugosi, qui, selon le souhait de son épouse et de son fils, fut inhumé avec la cape du célèbre vampire… ^^ Hanté jusqu’au bout par le personnage qu’il incarna au théâtre puis au cinéma.

 

En résumé, deux films fort différents, difficiles –voire impossible- à comparer tant ils n’ont pas été réalisés dans le même but. Des prémices du film d’horreur au film à grand spectacle consommé, il y a tout un monde. Plus de cinquante ans de l’évolution d’un personnage mythique…

 

Merci encore à toi Ys pour m’avoir fait découvrir cette version de 1931 !

minajohnathan

 

 




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