Fabula Bovarya

" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui sont atteints d'un incurable bovarysme et qui ne peuvent s'empêcher de plonger avec délice dans la lecture...

13 avril 2009

Dracula, encore et toujours...

stokerIl y a peu, je refermais les pages du seul et unique Dracula, celui de l’écrivain irlandais Bram Stoker (ci-contre). Lecture fondamentale s’il en est pour qui se targue d’être mordue de vampires depuis la découverte du clan Cullen il y a maintenant 3 ans. Du coup, la lecture de Stoker m’avait donné envie de regarder à nouveau le Dracula de Coppola, ce que j’ai fait il y a maintenant une quinzaine de jours. Mais quand j’ai évoqué cette adaptation du mythique buveur de sang, Ys m’avait fait remarquer que THE adaptation était pour elle celle de Tod Browning de 1931. Je l’ai donc visionnée aussi, et je vais essayer de faire un petit topo de ce que j’ai aimé, moins aimé, retenu, et ce qu’il vaut mieux oublier…

 

Commençons par le film de Coppola. Si vous voulez un excellent pitch, rendez-vous sur le blog de Neph qui vient justement de publier un article sur le film. Très bon résumé à la manière de « c’est l’histoire d’un gars » de Coluche… ^^ Vraiment, n’hésitez pas à cliquer sur le lien, ça vaut le détour (et ça m’évite en plus de devoir tout raconter à nouveau ! :) )

 

Alors, alors… que dire sur cette version ? … Eh bien, pour être franche, j’aime beaucoup. Oh, bien sûr, il y a tout un tas de défauts complètement rédhibitoires, quand j’y pense bien, mais quand je n’envisage l’adaptation que sous la forme vague d’un ensemble, je dois dire que ça m’évoque un bon souvenir.

J’ai tout particulièrement aimé le fait que par rapport au roman, le scénario du film tente réellement de reprendre les moments importants de l’histoire. Comme toute adaptation, elle n’envisage pas le roman intégralement et dans le respect des moindres détails, mais j’ai trouvé que l’ensemble demeurait tout de même relativement fidèle à l’esprit de Stoker. La trame narrative est presque identique, les personnages présents dans le roman le sont presque tous dans le film et les lieux évoqués dans le livre le sont aussi dans l’adaptation. Bref, de prime abord, Coppola a su rendre hommage au maître tout en affirmant son originalité de distanciation obligée.

 

dracu1iz7Le casting est pour moi très bon : Winona Rider fait une parfaite Mina un peu nunuche, à l’instar du livre, Jonathan Harker/Keanu Reeves est un jeune clerc sans expérience, un col-blanc à peine dégrossi et sorti de l’adolescence, Hopkins campe un excellent Van Helsing, un peu jeté mais parfaitement entraîné à mater les phénomènes surnaturels. Enfin, Gary Oldman incarne pour moi un Dracula irréprochable (mais là, je cesse d’être objective puisque j’ai une affection toute particulière pour cet acteur depuis déjà de longues années… Neph, preuve de mon manque total d’objectivité ? J’aime même ses ridicules petites lunettes violettes et son costume impeccable de parfait dandy londonien à la Depp… ^^)

 

Dans sa réalisation même et son aspect technique, je trouve que ce film est un petit bijou : les plans sont extrêmement esthétiques, outrageusement travaillés parfois, en partant de la couleur jusqu’aux effets spéciaux et en passant par la bande originale du film dont je suis fan (cette musique lancinante qui marque les élans des cœurs de Gary Oldman et Winona Rider qui se cherchent… Pfff… j’suis une indécrottable romantique…). C’est peut-être d’ailleurs cette composition artistique très « Coppola » qui fait dire à Ys qu’elle trouve le film par trop « baroque ». Et même si, je le répète, j’ai bien aimé le film dans l’ensemble, je ne serais pas loin non plus de lui accoler ce même adjectif pour le caractériser au plus près, sans forcément y voir une teinte trop péjorative.

 

En revanche, le film comporte un certains nombre de défauts qui m’ont tout de même sérieusement agacée… Commençons par la permanente présence d’une sensualité débridée tout au long du film. Et encore, je parle de sensualité, mais je crois que cela va encore plus loin que ça. La mythologie vampirique accorde une importance non négligeable à la sensualité et à l’érotisation. Mais là, le corps, dans ses besoins et ses désirs, est animalisé et sexualisé inutilement. C’était dans l’air du temps –et ça l’est toujours-, d’exhiber la sexualité comme une bête intérieure que l’on ne cesse de dompter, ou au contraire, auquel on est fier de succomber. Toujours la bataille du tout répressif opposé au tout laxiste. Mais honnêtement, cela rajoute-t-il quelque chose à l’histoire ? Non. Rien du tout. Comme on le verra avec la version de Tod Browing, la sensualité exprimée par les vampires n’est jamais très loin. Mais là, dans cette version, c’est trop. Le summun du too much tombant dans le ridicule étant atteint selon moi lors de la scène où Lucy est livrée aux assauts bestiaux de Dracula, étrangement transformé pour l’occasion en lycanthrope hors-de-propos (fantaisie dont le choix n’est pas innocent en soi si l’on repense à la sexualité animalisée qu’on évoquait plus haut… ) La pauvre Lucy est d’ailleurs rabaissée au rang de vulgaire allumeuse qui au final n’a que ce qu’elle mérite puisqu’elle finira par rejoindre le Prince des Ténèbres et son sérail de goules perfides et perverses. Bref, le mieux est l’ennemi du bien, et en voulant rendre trop apparent l’érotisation de la mythologie vampirique, Coppola n’a pas su, selon moi, éviter l’écueil de la sexualisation vulgaire de l’histoire.

 

bramstoker_draculaLe deuxième défaut, si l’on se place du point de vue d’un strict respect de l’intrigue de Stoker est cette histoire d’amour entre Mina et Dracula, qui est totalement absente du roman. De prime abord, c’est aussi très choquant, cette adjonction. Très hollywoodien et donc très inutile. J’en conviens.

Mais mon cœur est un vrai puits à bluettes, et depuis la première fois où j’ai vu ce film, quand j’étais ado, je n’ai pu résister à cette histoire d’amûûûûr… Je retire donc un sentiment très étrange qui veut que je me dise : « Tout de même ! Coppola est très loin de respecter l’esprit de Stoker dans cette adaptation ! » et que je parvienne à penser dans le même temps «[mode deux neurones ON]  « Rhô, lâ, lâ… Un amour intemporel comme ça… qu’est-ce que c’est bôôôô… [mode deux neurones OFF] ». J’en arrive donc à reconnaître un certain talent de fabuliste à Coppola, qui a su greffer habilement cette romance (allez, ne soyons pas bégueules, et reconnaissons-le : c’est une adjonction qui trouve sa place aussi facilement que si elle avait toujours été présente…) à l’histoire originale rédigée par Stoker…

 

Du coup, je reviens à ce que je disais au début, je finis, malgré tous les défauts visibles de cette adaptation, à en retirer un sentiment à la fois brillant et poignant. Les qualités masquent les défauts avec élégance et finesse, de sorte que l’effet global s’imprime en tête comme un film « sympa et plutôt réussi ». Même si le côté sexy vulgaire m’a énervée au plus haut point…

 

Le renversement des sentiments que provoque ce comte Dracula presque humain, dont les larmes atteignent le cœur de Mina et des spectateurs, a de quoi faire hurler les puristes et le chevronnés gothiques, mais j’aime assez cette audacieuse idée qui fait de l’être le plus vil, un humain sacrifié sur l’autel de la religion, rendu fou de douleur par la perte de son amour éternel…

 

minaQue dire alors de la version de 1931 de Tod Browning ? Je ne crois pas avoir vu avant cette adaptation en entier, même si des extraits m’étaient tout de même très familiers. Dans le rôle titre de Dracula, l’acteur hongrois Bela Lugosi et son accent particulier, aux consonances très « transylvaniennes »… J’ai beaucoup aimé découvrir cette adaptation car je me suis revue, quand ma mère enregistrait les vieux films du « Cinéma de minuit » et qu’on se les regardait le dimanche suivant en séance de rattrapage. Indubitablement, c’est une version à voir, ne serait-ce que pour Bela Lugosi. C’est le genre de film qui fait partie du patrimoine cinématographique et culturel.

 

Mais cette version n’est pas pour moi non plus satisfaisante et les quelques défauts que j’ai pu y relever ne m’ont pas permis de l’élever plus haut que la version de Coppola (mais peut-on comparer des films qui n’ont pas vu le jour à la même époque et dans les mêmes conditions ? Rien n’est moins sûr…). Ainsi, la première chose à m’avoir heurtée est la situation temporelle de cette adaptation : les années 1920/1930…

Les filles avec les robes un peu années-folles, et les hommes en feutre et costumes de flanelle, c’est pour le moins… inattendu !

 

On pourra aussi trouver les décors très kitsch : toiles d’araignées géantes (les toiles. Et les araignées aussi, remarque…), escalier monumentaux en carton pâte, herses médiévales, candélabres factices et, le must, chauve-souris automate. Bon, ce n’est pas gentil de se moquer. En 1931, on fait avec les moyens du bord.

 

dracubelaLa réalisation est en fait très théâtralisée. A la limite de la lenteur des films muets qui précèdent l’émergence de ce nouveau cinéma parlant. Le côté silencieux des scènes, même celle où le suspense est à son comble, renforce ce côté « vieux film ». De même, la gestuelle de Bela Lugosi est tout bonnement surprenante et assez bluffante. Aujourd’hui, on trouve ça surfait, exagéré, compassé. Mais la décomposition des mouvements de ses mains, notamment, quand il les replie pour en faire des appendices crochus, ou encore quand il soulève le couvercle de sa caisse-cercueil, est assez hallucinante.

 

Bela Lugosi, dans son interprétation, fait du personnage de Dracula un séducteur presque hypnotique. On est loin du Nosferatu de Murnau (vu aussi dans ma jeunesse) qui renvoie à la pure tradition démoniaque du vampire. Ici, le comte semble cultivé, riche et propre à inspirer aux jeunes femmes les sentiments les plus vifs. Et pour en revenir à cette sensualité propre à la mythologie des vampires, on la retrouve ici dans des plans où le vampire s’approche du cou de ses victimes et les enveloppe derrière sa cape comme pour masquer des ébats privés et initimes…

 

Cependant, si je reprends le fil de ma pensée, la simplification de l’histoire de Stoker est encore plus prégnante ici que chez Coppola : Mina est la fille de Seward (c’est quoi cette hérésie ???), Harker est toujours aussi blanc-bec avec ses reinfieldpantalons de golf. Limite ridicule quand il essaie de sauver Mina à la fin, et Van Helsing fait un peu figure de professeur Foldingue. Exit en revanche Lord Goldaming, Quincey ; Lucy quant à elle est toujours attirée par le séduisant et mystérieux Comte. Il y a donc tout de même des invariables qui évitent de perturber les schèmes inconscients implantés…

Reinfiel prend en outre dans cette version une part extrêmement importante (trop ?). J’aurais presque tendance à dire qu’avec Dracula, il est le deuxième héros de cette adaptation. L’acteur qui l’incarne, Dwight Frye, est d’ailleurs excellentissime. Tout est encore dans la théâtralisation mais il renvoie une vive folie avec force conviction. Une vraie performance d'acteur qui m'a laissée admirative.

 

J’ai donc bien aimé cette adaptation, même si, selon moi, elle ne propose pas non plus la vision la plus proche de l’esprit de Stoker. Elle est aussi trop marquée dans l’époque de sa réalisation. Ce qui en fait un excellent témoignage cinématographique plus qu’une adaptation méritante. Sauf peut-être en ce qui concerne Bela Lugosi, qui, selon le souhait de son épouse et de son fils, fut inhumé avec la cape du célèbre vampire… ^^ Hanté jusqu’au bout par le personnage qu’il incarna au théâtre puis au cinéma.

 

En résumé, deux films fort différents, difficiles –voire impossible- à comparer tant ils n’ont pas été réalisés dans le même but. Des prémices du film d’horreur au film à grand spectacle consommé, il y a tout un monde. Plus de cinquante ans de l’évolution d’un personnage mythique…

 

Merci encore à toi Ys pour m’avoir fait découvrir cette version de 1931 !

minajohnathan

 

 




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