21 novembre 2009
Twilight 2
Comme c’est étrange… Alors qu’il y a quelques jours
à peine, j’écrivais chez Erzébeth que mes 15 ans me manquaient parfois (à certains points de vue seulement, hein... pas folle la guêpe !), je
suis sûre de ne plus vous dire la même chose ce matin, après mon passage au
cinéma hier soir…
Twilight 2 ou comment se sentir à côté de ses pompes dans une salle de ciné saturée d’hormones juvéniles…
Twilight 2 ou comment se faire du fric en exploitant
la mièvrerie adolescente.
Que je vous esssplique donc : 3 copines, entre 30 et 40 ans, décident d’aller voir Twilight 2. Alibi fallacieux : 3 petites nénettes de 15 ans à conduire au ciné. Raison véritable : ont un cœur de midinette et sont tout aussi emballées d’aller voir Rob et consorts.
Las… Le temps fut long en réalité… Trèèès long. Mais heureusement, pour pallier
cette lenteur, vous pouvez… rire.
Oui, je
sais. Ce n’est pas le but escompté du film, mais là, franchement, faut arrêter
de se voiler la face : il y a des passages franchement mauvais dans ce
film, et le tout donne quelque chose de plat voire ridicule. Enfin, tout
dépend de quel point de vue on se place. Les petites nanas de 15 ans ont trouvé
ça « troooop bieeeen ! ». Ben nous, non.
Autant donner mes points bonus tout de suite, parce
que pour le reste, je risque de bien balancer :
- J’aime toujours autant Charlie, qu’on voit très peu (normal) mais je trouve qu’il tient vraiment bien la route.
- D’après mes souvenirs lointains du roman, il me semble que le scénario est plutôt bien respecté.
- Le passage chez les Volturi, reste, comme dans le
roman, mon passage préféré. Même si je ne m’imaginais pas Aro, Marcus et Caïus
comme ça. Et même si ça reste tout de même vachement mieux dans le livre.
- Il a parfois des essais d’humour volontaire qui sont presque réussis.
- La rencontre entre Bella et Emily dans la réserve de la Push, au petit déjeuner des loups.
- Et enfin, ben, euh… ben rien. Je crois que c’est
tout ce que j’ai retenu.
Pour le reste, c’est déception et amusement :
- Non, décidément, ils n’ont toujours pas les moyens d’embaucher une maquilleuse digne de ce nom : j’aime bien Pattinson (quoique je ne puisse pas dire non plus que j’en raffole) mais ils lui ont encore barbouillé le teint en blafard et les lèvres en Marquise de Pompadour. Bouh. Ça casse tout encore.
- C’est quoi ces lenteurs abominables ? Le film s’étend, s’étire… Même entre les répliques, tu as le temps de prendre trois poignées de pop-corn.
- Les dialogues sont… comment dire… navrants parfois ? Ou alors c’est c’est la version française qui est molle du genou. Je ne sais pas. Mais si Roméo et Juliette est érigé en modèle de l’histoire d’amour filmée, faut pas vous attendre pour autant à du Shakespeare. Oh, non…
- Il y a des scènes que j’ai trouvées particulièrement ridicules : l’apparition du premier loup-garou (mouarf ! c’est quoi cette peluche ? Y’a un gars qui tient un bâton au bout et qui fait avancer la marionnette dans un décor de fougères ??? ^^), la montée de Jacob dans la chambre de Bella (admirez ce dernier tour de rein pour passer la fenêtre...), la volonté de Jacob et de sa meute de toujours se mettre à demi à poil sous prétexte qu’il ont 42 degrés de température (tout ça pour montrer des mecs sous anabolisants… mouaif…), et le must du must, le remake « Belle des champs » sauce vampire in the woods dans une vision d'Alice. Ça donne ça (ci-dessous) et c’est vraiment ridicule. Comme toutes les scènes filmées au ralenti d'ailleurs.
Il y a presque un côté royal canin, non ?
Mais preuve que je ne suis pas la seule à avoir été déstabilisée, avec les sifflets qu'il y a eu à ce même moment.
Je crois que le plus étonnant dans cette expérience
twilightesque a été de voir les réactions de la salle, bondée, et très variée
au niveau du public. Je n’avais jamais vu une salle réagir aussi ouvertement.
En bien comme en mal d’ailleurs. Très troublant.
Enfin bon, pas besoin de faire un dessin au final :
beaucoup de longueurs, des dialogues un peu minables, des clichés en matière
de scénario, mais aussi dans la manière de filmer, et trop de foin sur des
corps masculins à peines pubères et pourtant taillés dans le marbre grec.
Mon dieu, c’est terrible. Je viens de me rendre compte que je suis une vieille. :/
EDIT : Et pour rigoler, n'hésitez pas à aller voir l'article de Pascale, Sur la route du cinéma. Merci Aifelle de m'avoir signalé ce désopilant article ! :))
14 novembre 2009
Wuthering Heights
Wuthering
Heights, film de 1992, de Peter Kosminsky avec Juliette Binoche
et Ralph Fiennes, d'après le roman D'Emily Brontë.
Bon, j'ai réussi à
me trouver un peu de temps pour visionner l'adaptation
cinématographique des Hauts de Hurlevent qui traînait
dans ma dvdthèque depuis un petit bout de temps. Alors, un peu
plus d'une heure et demie plus tard, que puis-je en dire ?
La
première chose, et je pense que ça n'étonnera
nullement personne, c'est que le film est trèèès
loin d'approcher ne serai-ce qu'un dixième du souffle puissant
du roman d'Emily Brontë.
Mais bon, ça, compte tenu du livre en question, on s'en serait
douté... Je n'imagine même pas la difficulté à
laquelle les scénaristes ont dû se heurter quand il a
fallu écrire le scénario...
Scénario
qui d'ailleurs n'est pas si mal que ça,
en fin de compte. Il reprend bien les éléments
du roman, et on observe finalement peu de licences par rapport à
la trame principale du roman (et
compte tenu de ce que l'on est supposé pouvoir faire en une
heure et demie...).
En revanche, ils ont voulu faire un petit effet de style avec une
mise en abîme de l'auteur elle-même dans sa propre
oeuvre, ce que j'ai trouvé plutôt ridicule.
On « assiste »donc ainsi à la naissance
de cet immense roman par une jeune fille de trente ans à
peine, qui au détour d'une balade dans la lande, découvre
une maison abandonnée et a ainsi l'idée d'imaginer la
vie des habitants qui ont pu la peupler. Mouaif.
Moyennement convaincant. Il valait autant grader le point de vue de
la narratrice principale, Nelly.
Ma
deuxième déception a été dans le choix
des demeures : jamais
je ne me suis imaginé Wuthering Heights comme cet imposant
château néo-gothique, plongé dans des brumes
inquiétantes, et qui
convient davantage au Northanger Abbey de Jane Austen plutôt
qu'à la demeure de Hurlevent. Bon, chacun est libre de se
représenter les choses comme il l'entend, mais là,
vraiment, je trouve que ça ne cadre pas du tout avec l'image
que je m'en étais fait lors de ma lecture du roman. De
même, je trouve Thrushcross Grange beaucoup trop opulent et
trop « cliché » :
voilà la représentation parfaite de la demeure
campagnarde anglaise de bon goût, au pied d'un riant parc ou
paissent tranquillement les vaches... Le contraste est fort entre les
deux demeures, et il fallait bien le montrer, mais là, c'est
trop caricatural. Bref, je n'ai
pas aimé ce choix-là non plus.
Autre choix qui n'a pas été de mon goût (puisque je suis partie dans les remarques qui fâchent, autant continuer, hein...) c'est le traitement des personnages principaux.
Commençons
par Heathcliff : le choix de Ralph Fiennes n'est pas mauvais en soi,
je le reconnais (même si je n'arrive jamais à être
très objective avec le clan Fiennes, il faut l'avouer...
hem...) et dans certaines postures, il faisait un heathcliff plutôt
convaincant : enfant mal dégrossi au début, rustre
« domestiqué » ensuite, pour finalement
devenir cette usurpation de gentleman farmer empli de fiel, de morgue
et de violence. Un jeu d'acteur tout à fait correct et des
yeux perçants ont fini par me convaincre d'avoir Heahtcliff en
face de moi. Mais... mais... mais d'un côté, il y a des
choses à reprocher tout de même... Tout d'abord, entre
le Heatcliff tout jeune homme d'à peine vingt ans, et celui
d'une quarantaine d'année, ben... il n'y a aucune différence
! Si vous la voyez, vous me dites, hein. Parce que moi, si je n'avais
pas vu le film, à part peut-être les habits, je ne suis
pas capable de dire lequel est encore jeune freluquet et lequel est
l'homme froid et impitoyable qu'il est devenu.

On passera allègrement également sur l'espèce de perruque ou de malheureuses extensions capillaires un peu grasses que même André Agassi dans ses meilleurs jours n'aurait pas renié...
Mais
on peut faire la même chose avec Catherine
! (j'ai eu peur de sa choucroute crêpée quand je l'ai vu
monter à cheval... Les années 90 ont tout de
même réussi à faire une intrusion fracassante
dans le monde victorien d'Emily Brontë...
si c'est pas une misère, ma brave dame...). La même
Juliette Binoche pour faire Cathy Earnshaw et Catherine Linton
relève à mon avis de la volonté de souligner la
filiation entre les deux personnages, certes, mais ça fait
aussi « petit budget » et c'est un peu dommage.
Parce que crêper des cheveux oxygénés et coller
des lentilles bleues sur les yeux, c'est vrai que c'est plus facile
que d'engager quelqu'un d'autre. Et en même temps, si je fais
taire la langue de vipère qui est en moi, je dois dire que ce
choix de maintenir la même actrice peut se justifier : pour
accentuer la filiation entre les deux personnages, comme je l'ai dit,
mais aussi pour montrer que malgré l'extrême ressemble
d'avec sa mère, Heathcliff est tellement rongé par la
haine et la vengeance qu'il n'hésite pas à frapper et
malmener Catherine, chose qu'il n'aurait jamais fait avec Cathy.
Donc, bon, ça se discute comme on dit...

Le choix des autres
personnages reste acceptable, même si, bien sûr, c'est
toujours mieux dans sa tête...
L'ambiance
du livre est plutôt bien rendue.
Les atmosphères un peu inquiétantes, ou les paysages
désolés de la lande anglaise sont ma foi plutôt
bien filmés. Même si, toujours, j'ai trouvé ça
encore parfois à la limite du « too much ».
J'ai l'impression qu'à trop vouloir insister sur les
caractéristiques essentielles du roman, et à vouloir
les rendre par l'image, le réalisateur est tombé
dans le piège du caricatural.
Comme par exemple ce véritable champ de pierres sur la lande
qui marque les amours adolescents de Cathy et Heathcliff, mais aussi
le moment douloureux où Heathcliff commence sa lente descente
aux enfers après la mort de Catherine.
D'ailleurs,
je trouve que cet amour,
qui dans le livre est tout même assez particulier puisqu'aucun
des deux protagonistes ne l'avouera jamais vraiment à l'autre,
avait subi un traitement trop hollywoodien là aussi.
Il est trop exprimé, trop visible, il n'atteint pas
la subtilité qu'il acquiert dans le roman à force de
détours, sous-entendus et malentendus.
Parfois, j'ai un peu eu l'impression de regarder Les
Hauts de Hurlevent pour
les nuls...
Pourtant, certaines scènes sont plutôt bien réussies (la scène de la déclaration de Catherine à Nelly, après la demande en mariage d'Edgar par exemple), mais dans l'ensemble, le film pèche par excès de simplification ou mauvaise appréciation des subtilités du roman.
Dire que je suis déçue serait donc assez juste. Même si je dois avouer que j'ai tout de même passé un sympathique moment (mais sans plus). La condition sine qua non pour aimer sans condition ce film reste tout de même selon moi de ne jamais avoir lu le livre d'Emily Brontë ou alors de l'avoir lu depuis si longtemps qu'on l'a oublié.
Pour être honnête, j'ai plus souvent grincé des dents que souri.
Si vous êtes parvenus
jusqu'au terme de cet article, vous aurez donc compris que ce film ne
restera pas gravé dans ma mémoire. J'ai bien conscience
de me montrer sévère, mais comment réagir
différemment quand on vient tout juste de reposer le livre ?
Ça reste un film sympa, voire agréable, si on n'a rien
d'autre à se coller devant les mirettes. Mais, ce n'est pas LA
représentation escomptée du chef d'oeuvre de la jeune
romancière anglaise. Je ne sais pas s'il y a d'autres
adaptations, et ce qu'elles valent, mais à mon avis, LE film
qui saura rendre toute la puissance du roman reste encore à
faire...

13 avril 2009
Dracula, encore et toujours...
Il y a peu, je refermais les pages du seul et
unique Dracula, celui de l’écrivain irlandais Bram Stoker (ci-contre). Lecture
fondamentale s’il en est pour qui se targue d’être mordue de vampires
depuis la découverte du clan Cullen il y a maintenant 3 ans. Du coup, la lecture de Stoker
m’avait donné envie de regarder à nouveau le Dracula de Coppola, ce que
j’ai fait il y a maintenant une quinzaine de jours. Mais quand j’ai évoqué
cette adaptation du mythique buveur de sang, Ys m’avait fait remarquer que THE
adaptation était pour elle celle de Tod Browning de 1931. Je l’ai donc
visionnée aussi, et je vais essayer de faire un petit topo de ce que j’ai aimé,
moins aimé, retenu, et ce qu’il vaut mieux oublier…
Commençons par le film de Coppola. Si vous
voulez un excellent pitch, rendez-vous sur le blog de Neph qui vient
justement de publier un article sur le film. Très bon résumé à la manière de
« c’est l’histoire d’un gars » de Coluche… ^^ Vraiment, n’hésitez pas
à cliquer sur le lien, ça vaut le détour (et ça m’évite en plus de devoir tout
raconter à nouveau ! :) )
Alors, alors… que dire sur cette version ? …
Eh bien, pour être franche, j’aime beaucoup. Oh, bien sûr, il y a tout
un tas de défauts complètement rédhibitoires, quand j’y pense bien, mais
quand je n’envisage l’adaptation que sous la forme vague d’un ensemble,
je dois dire que ça m’évoque un bon souvenir.
J’ai tout particulièrement aimé le fait que par
rapport au roman, le scénario du film tente réellement de reprendre les moments
importants de l’histoire. Comme toute adaptation, elle n’envisage pas le roman
intégralement et dans le respect des moindres détails, mais j’ai trouvé que l’ensemble
demeurait tout de même relativement fidèle à l’esprit de Stoker. La trame
narrative est presque identique, les personnages présents dans le roman le sont
presque tous dans le film et les lieux évoqués dans le livre le sont aussi dans
l’adaptation. Bref, de prime abord, Coppola a su rendre hommage au maître
tout en affirmant son originalité de distanciation obligée.
Le casting est pour moi très bon : Winona Rider fait une parfaite Mina un
peu nunuche, à l’instar du livre, Jonathan Harker/Keanu Reeves est un jeune
clerc sans expérience, un col-blanc à peine dégrossi et sorti de
l’adolescence, Hopkins campe un excellent Van Helsing, un peu jeté
mais parfaitement entraîné à mater les phénomènes surnaturels. Enfin, Gary
Oldman incarne pour moi un Dracula irréprochable (mais là, je cesse d’être
objective puisque j’ai une affection toute particulière pour cet acteur depuis
déjà de longues années… Neph, preuve de mon manque total d’objectivité ?
J’aime même ses ridicules petites lunettes violettes et son costume impeccable
de parfait dandy londonien à la Depp… ^^)
Dans sa réalisation même et son aspect technique,
je trouve que ce film est un petit bijou : les plans sont extrêmement
esthétiques, outrageusement travaillés parfois, en partant de la couleur
jusqu’aux effets spéciaux et en passant par la bande originale du film dont je
suis fan (cette musique lancinante qui marque les élans des cœurs de Gary
Oldman et Winona Rider qui se cherchent… Pfff… j’suis une indécrottable
romantique…). C’est peut-être d’ailleurs cette composition artistique très
« Coppola » qui fait dire à Ys qu’elle trouve le film par trop
« baroque ». Et même si, je le répète, j’ai bien aimé le film
dans l’ensemble, je ne serais pas loin non plus de lui accoler ce même adjectif
pour le caractériser au plus près, sans forcément y voir une teinte trop
péjorative.
En revanche, le film comporte un certains nombre
de défauts qui m’ont tout de même sérieusement agacée… Commençons par la
permanente présence d’une sensualité débridée tout au long du film. Et
encore, je parle de sensualité, mais je crois que cela va encore plus loin que
ça. La mythologie vampirique accorde une importance non négligeable à la
sensualité et à l’érotisation. Mais là, le corps, dans ses besoins et ses
désirs, est animalisé et sexualisé inutilement. C’était dans l’air du
temps –et ça l’est toujours-, d’exhiber la sexualité comme une bête intérieure
que l’on ne cesse de dompter, ou au contraire, auquel on est fier de succomber.
Toujours la bataille du tout répressif opposé au tout laxiste. Mais
honnêtement, cela rajoute-t-il quelque chose à l’histoire ? Non. Rien du
tout. Comme on le verra avec la version de Tod Browing, la sensualité exprimée
par les vampires n’est jamais très loin. Mais là, dans cette version, c’est
trop. Le summun du too much tombant dans le ridicule étant atteint selon moi
lors de la scène où Lucy est livrée aux assauts bestiaux de Dracula, étrangement
transformé pour l’occasion en lycanthrope hors-de-propos (fantaisie dont le
choix n’est pas innocent en soi si l’on repense à la sexualité animalisée qu’on
évoquait plus haut… ) La pauvre Lucy est d’ailleurs rabaissée au rang de
vulgaire allumeuse qui au final n’a que ce qu’elle mérite puisqu’elle finira
par rejoindre le Prince des Ténèbres et son sérail de goules perfides et
perverses. Bref, le mieux est l’ennemi du bien, et en voulant rendre trop
apparent l’érotisation de la mythologie vampirique, Coppola n’a pas su,
selon moi, éviter l’écueil de la sexualisation vulgaire de l’histoire.
Le deuxième défaut, si l’on se place du point de
vue d’un strict respect de l’intrigue de Stoker est cette histoire d’amour
entre Mina et Dracula, qui est totalement absente du roman. De prime abord,
c’est aussi très choquant, cette adjonction. Très hollywoodien et donc très
inutile. J’en conviens.
Mais mon cœur est un vrai puits à bluettes,
et depuis la première fois où j’ai vu ce film, quand j’étais ado, je n’ai pu
résister à cette histoire d’amûûûûr… Je retire donc un sentiment très
étrange qui veut que je me dise : « Tout de même ! Coppola
est très loin de respecter l’esprit de Stoker dans cette adaptation ! »
et que je parvienne à penser dans le même temps «[mode deux neurones
ON] « Rhô, lâ, lâ… Un amour intemporel comme ça… qu’est-ce
que c’est bôôôô… [mode deux neurones OFF] ». J’en arrive donc à
reconnaître un certain talent de fabuliste à Coppola, qui a su greffer
habilement cette romance (allez, ne soyons pas bégueules, et
reconnaissons-le : c’est une adjonction qui trouve sa place aussi facilement que si elle avait toujours été
présente…) à l’histoire originale rédigée par Stoker…
Du coup, je reviens à ce que je disais au début, je
finis, malgré tous les défauts visibles de cette adaptation, à en retirer un
sentiment à la fois brillant et poignant. Les qualités masquent les défauts
avec élégance et finesse, de sorte que l’effet global s’imprime en tête comme
un film « sympa et plutôt réussi ». Même si le côté sexy vulgaire m’a
énervée au plus haut point…
Le renversement des sentiments que provoque ce
comte Dracula presque humain, dont les larmes atteignent le cœur de Mina et des
spectateurs, a de quoi faire hurler les puristes et le chevronnés gothiques,
mais j’aime assez cette audacieuse idée qui fait de l’être le plus vil, un
humain sacrifié sur l’autel de la religion, rendu fou de douleur par la perte
de son amour éternel…
Que dire alors de la version de 1931 de Tod
Browning ? Je ne crois pas
avoir vu avant cette adaptation en entier, même si des extraits m’étaient tout de
même très familiers. Dans le rôle titre de Dracula, l’acteur hongrois Bela
Lugosi et son accent particulier, aux consonances très
« transylvaniennes »… J’ai beaucoup aimé découvrir cette adaptation car
je me suis revue, quand ma mère enregistrait les vieux films du « Cinéma
de minuit » et qu’on se les regardait le dimanche suivant en séance de
rattrapage. Indubitablement, c’est une version à voir, ne serait-ce que pour
Bela Lugosi. C’est le genre de film qui fait partie du patrimoine
cinématographique et culturel.
Mais cette version n’est pas pour moi non plus
satisfaisante et les quelques défauts que j’ai pu y relever ne m’ont pas
permis de l’élever plus haut que la version de Coppola (mais peut-on comparer
des films qui n’ont pas vu le jour à la même époque et dans les mêmes
conditions ? Rien n’est moins sûr…). Ainsi, la première chose à m’avoir
heurtée est la situation temporelle de cette adaptation : les années
1920/1930…
Les filles avec les robes un peu années-folles, et les hommes en
feutre et costumes de flanelle, c’est pour le moins… inattendu !
On pourra aussi trouver les décors très kitsch :
toiles d’araignées géantes (les toiles. Et les araignées aussi, remarque…),
escalier monumentaux en carton pâte, herses médiévales, candélabres factices
et, le must, chauve-souris automate. Bon, ce n’est pas gentil de se moquer. En
1931, on fait avec les moyens du bord.
La réalisation est en fait très théâtralisée.
A la limite de la lenteur des films muets qui précèdent l’émergence de ce
nouveau cinéma parlant. Le côté silencieux des scènes, même celle où le
suspense est à son comble, renforce ce côté « vieux film ». De même,
la gestuelle de Bela Lugosi est tout bonnement surprenante et assez
bluffante. Aujourd’hui, on trouve ça surfait, exagéré, compassé. Mais la
décomposition des mouvements de ses mains, notamment, quand il les replie
pour en faire des appendices crochus, ou encore quand il soulève le couvercle de sa
caisse-cercueil, est assez hallucinante.
Bela Lugosi, dans son interprétation, fait du
personnage de Dracula un séducteur presque hypnotique. On est loin du
Nosferatu de Murnau (vu aussi dans ma jeunesse) qui renvoie à la pure tradition
démoniaque du vampire. Ici, le comte semble cultivé, riche et propre à inspirer
aux jeunes femmes les sentiments les plus vifs. Et pour en revenir à cette
sensualité propre à la mythologie des vampires, on la retrouve ici dans des
plans où le vampire s’approche du cou de ses victimes et les enveloppe derrière
sa cape comme pour masquer des ébats privés et initimes…
Cependant, si je reprends le fil de ma pensée, la
simplification de l’histoire de Stoker est encore plus prégnante ici que chez
Coppola : Mina est la fille de Seward (c’est quoi cette
hérésie ???), Harker est toujours aussi blanc-bec avec ses
pantalons
de golf. Limite ridicule quand il essaie de sauver Mina à la fin, et Van
Helsing fait un peu figure de professeur Foldingue. Exit en revanche Lord
Goldaming, Quincey ; Lucy quant à elle est toujours attirée par le
séduisant et mystérieux Comte. Il y a donc tout de même des invariables qui
évitent de perturber les schèmes inconscients implantés…
Reinfiel
prend en outre dans cette version une part extrêmement importante (trop ?). J’aurais
presque tendance à dire qu’avec Dracula, il est le deuxième héros de cette
adaptation. L’acteur qui l’incarne, Dwight Frye, est d’ailleurs excellentissime.
Tout est encore dans la théâtralisation mais il renvoie une vive folie avec
force conviction. Une vraie performance d'acteur qui m'a laissée admirative.
J’ai donc bien aimé cette adaptation, même
si, selon moi, elle ne propose pas non plus la vision la plus proche de
l’esprit de Stoker. Elle est aussi trop marquée dans l’époque de sa
réalisation. Ce qui en fait un excellent témoignage cinématographique plus
qu’une adaptation méritante. Sauf peut-être en ce qui concerne Bela Lugosi,
qui, selon le souhait de son épouse et de son fils, fut inhumé avec la cape du
célèbre vampire… ^^ Hanté jusqu’au bout par le personnage qu’il incarna au
théâtre puis au cinéma.
En résumé, deux films fort différents, difficiles
–voire impossible- à comparer tant ils n’ont pas été réalisés dans le même but.
Des prémices du film d’horreur au film à grand spectacle consommé, il y a tout
un monde. Plus de cinquante ans de l’évolution d’un personnage mythique…
Merci encore à toi Ys pour m’avoir fait découvrir
cette version de 1931 !


