23 mai 2009
Northanger Abbey
Northanger Abbey, de Jane Austen (10/18, 285 pages). Terminé le 21 mai 2009.
Genre : roman
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : Jane Austen jugeait désuet l'engouement de son héroïne
Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliff et
les abbayes en ruine du préromantisme anglais. Parodie du roman gothique,
satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath,
Northanger Abbey est aussi le roman très austénien du mariage et très moderne
du "double jeu.
Aaah… l’ironie de Jane Austen ! Dans ce
Northanger Abbey, je crois qu’elle s’en donne encore plus à cœur joie…
Sa voix, à travers celle de la narratrice, se fait entendre à de nombreuses
reprises, et fustige à qui mieux-mieux les travers délicieusement bovarystes
de l’héroïne, Catherine Morland…
J’ai d’abord eu du mal à apprécier cette héroïne.
Décrite comme une petite fille un peu rétive, un peu dissipée, elle n’a pas
gagné tout de suite es faveurs. Ensuite, c’est son côté oie blanche qui m’a
pour le moins agacée… Dites, rassurez-moi, vous aussi vous avez souvent eu
envie de lui dire qu’elle était franchement idiote ?
Au bout du compte, cette naïveté crédule finit
par faire de Catherine un personnage extrêmement attachant et –du même
coup-, rend les autres encore plus détestables… Rhâââ… les Thorpe… J’ai tout de
suite détesté James. Beuark. Vaniteux, fieffé menteur et indélicat. Quant à
Isabelle… je me suis d’abord surprise à penser qu’elle avait les défauts de son
frère tout en ayant la capacité de les corriger. Que nenni. Vile, perfide et
manipulatrice Isabelle Thorpe. Je lui aurais bien donné des claques,
tiens ! Ben oui, parce que Jane Austen, c’est aussi ça : elle est
capable de nous transcrire tellement bien la nature humaine qu’on en arrive à
se laisser totalement aller avec le récit et à se couler sans la moindre
vergogne dans le bovarysme le plus éhonté… (oui, j’avoue, Catherine Morland,
c’est aussi moi… ^^)
Cette intrigue, qui prend place en deux lieux bien
différents l’un de l’autre, donne d’abord à voir la ville de Bath, bien connue
par Jane Austen elle-même, comme une ville de plaisirs, de bals, de boutiques
et de chassés-croisés en société. C’est très vivant et Jane Austen sait rendre
brillamment toute cette effervescence mondaine qu’accueillait Bath en ces
temps-là. La deuxième partie se tient bien sûr à Northanger abbey, où
l’imagination fertile de Catherine pourra s’exprimer de la manière la plus
parfaite qui soit, pour notre plus grand plaisir. J’avoue que c’est cette
partie-là qui m’a le plus amusée. L’ombre du général Tilney, dont
Catherine ne perçoit pas les desseins, plane au-dessus de la jeune héroïne, et
de ses deux nouveaux amis, Eleanore et Henry Tilney… La dérision que l’on
sent poindre dans cette partie, des romans gothiques tels Les mystères
d’Udolphe d’Ann Radcliffe est un pur bonheur ! J’ai trouvé aussi,
de manière anachronique bien sûr, un petit écho de Jane Eyre dans cette
histoire d’épouse décédée dont la chambre se trouve dans une partie reculée de
la maison. Mais que diable ! Nous sommes en Angleterre ! Si les
vieilles demeures ne peuvent plus accueillir tranquillement secrets, mystères
et fantômes sordides, où allons-nous ? :D
J’ai tout de suite été charmée en outre par
le personnage d’Henry Tilney. Beaucoup moins charismatique que Darcy, of
course, nul besoin de le mentionner. Mais tellement plus espiègle et taquin !
C’est un personnage que l’on sent fidèle et loyal, joueur, mais sans jamais une
once de méchanceté. Mauvais point toutefois, et c’est LE truc qui m’a fortement
déplu, c’est lorsque dans le dénouement, il avoue à Catherine qu’il l’a aimée
dès le moment où elle s’est mise à l’aimer. Et c’est par une sorte de
reconnaissance à ce candide amour qu’il s’est épris d’elle… Bouhouhou… Tu
parles d’un romantisme sur ce coup-là… D’accord, je ne demande pas non plus que
l’on tombe dans le galvaudé et artificiel « Love at first sight »…
Mais le coup du « Je vous aime parce que vous m’avez d’abord aimé »…
Très peu pour moi… Et ça a un peu brisé l’image si parfait que je me faisais
de l’adorable et humble Henry Tilney. Bon, spa grave, hein. C’est un peu du
détail. Mais quand même. Parce que dans le fond, je crois que j’aime beaucoup
ce personnage. Sa comparaison entre le mariage et la danse m’a fait bien sourire.
Et son humour froid aussi. Très attachant, ce Henry…
Northanger Abbey est finalement le roman des masques, des faux-semblants et des
quêtes. Quête du mari, de l’amie, des connaissances, mais aussi de la
vérité. Et quand les masques tombent enfin, on peut avoir toute l’expression
austenienne du bonheur simple et charmant.
Comme d’habitude donc, c’est un régal de
découvrir un nouveau roman d’Austen pour moi. Héros différents, intrigues
différentes, lieux différents, plaisir de lecture toujours semblable.
C’est une langue qui –même dans sa traduction-, roule, se savoure, et trouve
son rythme au gré des rebondissements et des coups de théâtre.
Pour lire ce que les autres ont pensé de ce roman,
petit tour chez BOB (clic sur le logo !) ![]()
Et que dire alors de l’adaptation qui a été faite
dernièrement et que je n’ai pu m’empêcher de regarder dès ma lecture
finie ? Eh bien j’ai trouvé que c’était une bonne adaptation dans
l’ensemble. Bon, on n’évitera pas les habituels raccourcis de l’intrigue
pour faire tenir le roman dans un format d’1h30 et les petites licences qui
vont de pair avec toute scénarisation…
Les plus :
- Felicity Jones fait une parfaite Catherine
Morland, fraîche et pétillante.
- JJ Feild fait un
honorable Henry Tilney, charming and handsome...
- James Thorpe est aussi laid que je l’imaginais…
(pouah !) :D
- Les décors, costumes et ambiances sont soignés
et so austeniens !
- L’ambiance de Northanger Abbey est particulièrement
réussie (même si là, pour le coup, il y a des coupes sévères à l’histoire originale)
- Le capitaine Tilney fait encore pire que
dans le roman pour punir la méchante Isabelle Thorpe ! (gniark, gniark…)
- L’imagination enfiévrée et parfois délirante de Catherine a
bénéficié des effets spéciaux dûs à la télé et ça rend drôlement bien (quelle
coquine cette Catherine… et d’ailleurs la référence au Moine de Lewis,
absente du roman, si je ne m’abuse, est plus que révélatrice à cet égard… ^^)
Les moins :
- J’ai regretté qu’on ne voie pas davantage le
foisonnement de la vie mondaine à Bath. Bien sûr, il y a les bals, mais la
fameuse Pump room ne se voit accordée qu’une pauvre scène. Et encore
est-on plus focalisés sur les personnages…
- Le général Tilney est supposé être très bel
homme… Bon, ben, sur ce coup-là, je passe…
- Eleanor Tilney m’a semblée bien vieille…
Je la voyais davantage de l’âge de Catherine.
- Et puis, il y a cette fin… Et là, j’ai envie de
crier : mais c’est quoi cette fin ??? Nan, mais franchement,
ça va beaucoup trop vite, et puis les deux dernières images sont… comment dire…
sans saveur. J’ai dû me repasser trois fois la fin pour être sûre que le
premier couple qui sortait était bien celui de Catherine et Henry, suivis (je
crois) d’Eleanore et son mari ( ?). Et puis le coup de l’abbaye avec le
général très en colère et solitaire, bof…
- Et justement, en parlant de l’avant-dernière
scène, c’est quoi cette histoire avec l’ami d’Henry qui en pince pour Eleanor
et vice-versa ? Mouaif… pas convaincue.
Encore un chouette moment devant une adaptation
d’Austen malgré ces quelques défauts, qui ont parfois pu me gêner. J’aurais
bien envie d’en redemander. Mais après avoir visionné en bonus les deux autres
productions Koba, je crois que je vais passer mon tour sur Emma
(le personnage de Mr Knightley est tout bonnement… horrifique d’insipidité !)
ainsi que sur Mansfields Park (un extrait où l’on voit une Fanny Price
jouée par la fille qui tient le rôle dans la série « Journal d’une
call-girl » –que j’abhorre- et qui m’a donc semblé auréolée d’une
vulagarité sans borne… pas pour moi ! Et un jeune homme qui joue le
méchant fils d’Azazel dans la série britannique Hexx… ouais, bof. Z’ont pas d’autres
acteurs en Grande-Bretagne ?)
Bon, eh bien, ce challenge Jane Austen avance
lentement, mais sûrement… J’en suis déjà à me dire que ce sera trooop triste
quand j’aurai lu tout ce qu’il y a lire d’elle…

30 mars 2009
What a terrible mess !
Grâces soient rendues à
chairi-chairi qui s’en est allé à Londres il y a une semaine, et qui m’a ramené
THE dvd dans ses bagages ! A moi les quelques heures de béatitude devant les 4 épisodes
de cette série complètement déjantée !
Je comptais ne regarder qu’un seul
épisode cette après-midi, mais finalement, j’ai tout regardé et, franchement,
c’est un vrai régal !
La jeune Amanda est une janéite
pure et dure. Elle pense Austen, elle rêve Austen, elle vit Austen. Et quand
Elizabeth Bennet elle-même arrive par une porte dérobée dans sa salle de bain,
sa surprise est grande. Et non moins grande sa surprise de se retrouver plongée
dans l’univers d’Orgueil et Préjugés, ayant échangé sa place avec celle de
Lizzie !
A partir de là, il faut l’avouer,
les quiproquos et les catastrophes s’enchaînent ! Ben oui, il ne
faut pas se leurrer, arriver en pleine période georgienne alors que l’on n’a
connu que la modernité du XXIème siècle provoque un certain jet-lag temporel…
dont il faudra bien s’accommoder ! ^^ ( ah, la scène du « brossage de
dents »… )
Tout dans cette série est sens
dessus-dessous.
Tel ou tel personnage que l’on croyait connaître se révèle bien différent (ah, cher
Whickam… pas vilain à regarder en plus, contrairement à d’autres de ses
avatars…) et les relations qu’Austen a bâties dans son roman sont totalement
bouleversifiées ! Damn it Amanda ! You’re right ! We
also can hear “Jane Austen spinning in her grave like a cat in a tumble dryer”
!
Amanda nous met un joyeux bazar
dans le monde austenien de P&P mais c’est véritablement jouissif. Je me
suis marrée toute seule devant ma télé, allant même jusqu’à me repasser
certaines scènes ! Une vraie cure d’humour !
Et puis les clins d’œil aux
autres adaptations P&P, et bien sûr en particulier celle de 1995, sont
légion. On ne peut donc pas passer à côté de CETTE scène ^^ :
Bon, je dois avouer que j’ai
tout de même été moyennement convaincue par l’acteur qui joue Darcy, autant
physiquement que par le jeu. Mais pour le reste du casting, c’est pas mal
du tout. Très étrange au départ de retrouver un ancien médecin de la série
d’Urgences (Alex Kingston) dans le rôle de Mrs Bennett, mais elle s’en sort
vraiment très bien. Moins hystérique que les autres en plus. Ce qui soulage un
peu nos oreilles.
Tout va plus loin que dans le
roman, et parfois j’ai eu du mal à ne pas penser « how scandalous it
is », tout en souriant de l’audace des scénaristes… Naaan, mais franchement, vous
vous imaginez vous, un Bingley dépressif et alcoolique, une Caroline sapphiste,
un Collins plus pervers que jamais ?… Allez, j’arrête, j’en dis déjà
trop !
Ce dvd, c’est du bonheur sous
jaquette. Il fallait oser, ils l’ont fait, j’ai adoré.
Et pour celles et ceux qui auraient
peur de ne pas comprendre parce qu’il n’est pour l’instant disponible qu’en VO,
c’est tout à fait accessible. Et c’est tellement plus savoureux ! Je me
demande même si ce DVD ne va pas d’ailleurs me réconcilier avec la VO.
Rhââââ, que je puis-je être à mon
tour Amanda Price pour tomber dans les bras de Darcy ! Je suis atteinte.
Gravement. Et je suis comme Amanda, je le revendique ! ^^ Qui a dit que le
swooooooon n’était plus de mon âge ???
Lost in Austen, série réalisée par Dan Zeff,
pour ITV / Mammoth screen production 2008
Avec Jemima Rooper, Elliot Cowan, Hugh Bonneville, Alex Kingstone, Lindsay
Duncan, Gemma Arterton, etc.

