Fabula Bovarya

A tous ceux qui sont atteints d'un incurable bovarysme...

16 février 2009

Qui comme Ulysse

ulysseQui comme Ulysse, de Georges Flipo (Anne Carrière, 252 pages). Terminé le 15 février 2009.


Genre : recueil de nouvelles


Avis : 4/5


RESUME EDITEUR : À ceux dont le passeport n'a jamais le temps de moisir dans un tiroir cantine aux sédentaires invétérés. Georges Flipo propose quatorze nouvelles de voyage, et plus précisément de voyageurs : voyageurs en Asie, en Europe, en Afrique, en Amérique du Sud, continents que l'auteur a souvent parcourus. Pas de folklorisme ni de longues descriptions de panoramas, mais de prenantes histoires qui emmènent le voyageur - et le lecteur - un peu plus loin que prévu. Dans un cadre toujours différent, chaque personnage se révélera en allant au-delà de ses limites. Limites de ses souvenirs pour l'une, de ses préjugés pour l'autre. 'Telle autre ira aux confins de sa morale, de sa méchanceté ou de son cynisme. Telle autre encore à la poursuite de son rêve d'adolescente. Le style est fluide, le rythme enlevé, les portraits esquissés en rapides petites touches. Le ton oscille entre l'émotion et l'humour parfois acide. Quatorze nouvelles qui feront leur chemin dans la littérature de voyage.

 

Quand monsieur Flipo m’a proposé de faire une escale dans les pages de son recueil, j’avoue que l’envie d’accoster ne me tiraillait pas plus que ça. Je venais de lire chez Stéphie que ces nouvelles n’avaient peut-être pas la fameuse « chute » après laquelle est supposé courir un nouvelliste et un lecteur de nouvelles… Quoi ? Pas vraiment de chute ? Ta, ta, ta… ce recueil n’est pas pour moi, me suis-je dit !

 

Et puis, cédant à l’appel de Sirène de l’auteur lui-même, (je suis une incorrigible curieuse, derrière mes prises de position apparemment tranchées) me voilà attendant qu’Ulysse débarque chez moi.

 

Un week-end de lecture plus tard, je jette l’ancre pour livrer mes impressions de lecture… Tout d’abord, sachez que je suis, comme le décrit Georges Flipo dans la nouvelle éponyme, une incorrigible française… ^^ J’aime les chutes percutantes qui vous retournent l’esprit et qui vous laissent pantois de n’avoir rien vu venir…

« (…) elle explique, en secouant ses longs cheveux raides, qu’il manque une chute dans les nouvelles d’Ulises. Il répond que les chutes, c’est une obsession bien française ; en Amérique du Nord ou du Sud, la chute, on s’en passe très bien, il donne en exemple Scott Fitzgerald, ou Cortazar. Et d’bord, pourquoi une chute quand l’histoire doit finir sur un goût d’inachevé ? Elle n’en démord pas, on est en France, elle veut une chute. » (p. 70)

De ce fait, les deux premières nouvelles « Nocturne » et « Les sources froides » ne m’ont guère touchée. L’écriture fluide facilite pourtant la lecture et on est vite, il est vrai, emporté dans le rythme du court récit. Mais ces fins avaient justement trop pour moi un goût d’inachevé.

 

Mais si je suis d’esprit bien français, je n’en suis pas pour autant béotienne, et je ne suis pas obtuse. Ainsi, même si mes convictions littéraires toute françaises empêchaient un enthousiasme débordant, j’ai tout de suite reconnu un talent certain dans la narration et dans l’évasion que procuraient ces deux premières histoires.

 

Et le déclic a alors eu lieu avec la troisième nouvelle, « L’île Sainte-Absence »… Empreinte de tendre poésie et d’une délicate retenue, cette histoire a touché en moi une corde sensible. La fin ne m’a pas non plus étonnée, mais parce que dès le début –ou presque-, j’ai reconnu ces crabes, pour en côtoyer malheureusement de trop près –chez l’un de mes proches- l’un de son espèce… J’ai reconnu presque immédiatement le chemin sur lequel m’emmenait l’auteur, mais je me suis laissée prendre la main, et conduire vers le bout de la route, devant cette Saint-Absence, chimérique île des derniers espoirs.

Dès les derniers mots lus, je n’avais qu’une envie, relire l’histoire, et la graver en moi tant elle m’a parlée, tant l’écho qu’elle créait dans mon cœur apportait un baume à une douleur et une angoisse qui sont devenue pour moi compagnes trop familières. J’ai été dès lors entièrement conquise par le style de l’auteur, qui sait en quelques mots et touches, brosser une histoire comme on brosse un tableau qui happe votre regard.

 

J’ai donc lu les autres nouvelles avec un regard nouveau, sans me soucier de cette histoire de chute (belle victoire pour vous, monsieur Flipo, n’est-ce pas ? ^^) et en me laissant juste porter par le flot des mots, et en m’immergeant à chaque fois dans un décor et des horizons neufs, préludes à chaque incipit à une plongée dans un univers fait de saveurs étrangères et dépaysantes.

 

Certaines nouvelles m’ont trouvée plus en retrait et moins impliquée, presque distante, comme « La marche dans le désert », « Le voyage vers le frère » (très étrange nouvelle) ou « Une incartade », mais toutes apportent à ce Qui comme Ulysse les ingrédients nécessaires et variés pour en faire un parfait viatique aux explorations les plus étonnantes et les plus intimes.

C’est parfois grinçant, un peu acide, parfois déconcertant ou embarrassant (délicat sujet que celui évoqué dans Un éléphant de Pattaya…), toujours troublant.

 

J’ai en outre une affection particulière pour la nouvelle éponyme, Qui comme Ulysse, qui n’a pas été sans me rappeler Les liaisons culinaires d’Andreas Staïkos, dans sa manière de glisser des recettes d’empanadas au sein même de l’histoire, La partie des Petits Saints (gros coup de cœur pour cette histoire d’Echecs, de lutte entre le Bien et le Mal, avec ce personnage attachant de cabaretier-champion) ou encore Rapace. Sans oublier A l’heure de notre mort, dont la fin est d’une ironie forte et mordante.

 

Bref, Ulysse est un parfait voyageur qui a su me guider vers un style de nouvelles auquel je n’aurais pas pensé adhérer. Des nouvelles sans chute ? Ben oui, ça existe. Parce que les chutes, ce ne sont pas forcément ces traits qui vous retournent la tête. Ce sont aussi ces fins qui n’ont d’inachevées que le qualificatif. La liberté du voyageur des mots que sont les lecteurs, c’est aussi de donner le sens et les émotions que l’on veut à ces courts périples imaginaires. Et de les terminer en nous comme on souhaite choisir un itinéraire.

 

Je remercie donc chaleureusement Georges Flipo de m’avoir fait parvenir ce livre-voyageur, car sans sa curiosité à savoir ce qu’une lectrice comme moi, qui partait peu convaincue, pourrait bien penser de son recueil, je ne serais jamais allée spontanément vers ce livre.

 

l_indifferentBon, il vaut mieux que je l’avoue tout de suite : je persiste à préférer « mes » chutes françaises (qui sont aussi un peu anglaises, parfois, non ? Aaah, tout l'art des short stories...) mais je suis ravie d’avoir découvert que mon esprit pouvait s’ouvrir à ces histoires esquissées à grands traits, qui ne sombrent jamais pour autant dans la facilité. Peut-on jouer les indifférents face à ces nouvelles ? J’en doute.

 

Et puis, comme le souligne si bien l’exergue qui ouvre ce recueil, « Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connaît, tu risquerais de ne pas te perdre… » (Rabbi Nachman de Breslau). C’est toujours dans les errances que l’on fait les plus jolies découvertes…

 

Le blog de l’auteur : ICI. Son site ICI.

Le livre part pour sa prochaine destination dès demain ! Bon vent à Ulysse ! Puisse-t-il aborder en de nombreux autres rivages accueillants…



Ulysse - Ridan

26 janvier 2009

Le club du suicide

clubsuicideLe club du suicide, de Robert Louis Stevenson (Folio, 138 pages). Terminé le 25 janvier 2009.


Genre : nouvelles


Avis : 4/5


RESUME EDITEUR : Toujours en quête d'aventures extravagantes, le prince Florizel et son compagnon, le colonel Geraldine, rencontrent un soir un étrange jeune homme qui les convie à une soirée du Club du suicide. Les deux amis découvrent avec horreur et fascination un diabolique jeu de cartes où le seul gain est la mort... Une histoire aussi inquiétante qu'ironique par l'auteur de L'étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde.

 

Trois nouvelles dans ce petit folio à 2 euros (c’est bon de se faire plaisir à moindre prix… ^^) : Histoire du jeune homme aux tartelettes à la crème, Histoire du docteur et de la malle de Saratoga, et Aventure du fiacre. Le tout regroupé autour du fil rouge de ces trois intrigues : Le club du suicide.

 

Voilà une courte lecture très enthousiasmante !

 

Le prince de Bohème Florizel et son éternel acolyte le colonel Géraldine vivent des aventures pour le moins extraordinaires ! Le duo fonctionne à merveille, une sorte d’hybride entre Sherlock et Watson et Magnum et Higgins (oui, je sais, je fais parfois des comparaisons bizarres, mais c’est vraiment ce à quoi j’ai pensé quand je les ai vus évoluer…)

 

Tout commence dans un bar, où, déguisés pour passer incognito, ils observent le ballet étrange d’un jeune homme qui offre des tartelettes à la crème à ceux qui le souhaitent et mangent celles qu’il se voit refusées. Le voilà donc embarqués dans une histoire sombre et mystérieuse où la mort est un jeton qui se monnaie… Cette première nouvelle est tout à fait exquise. Le Londres de l’époque victorienne se déploie dans l’incongruité du jeu funèbre auquel se livrent des hommes désespérés. L’ambiance est celle des fumoirs masculins, verres de brandy et costumes noirs impeccables. J’adore !

 

La deuxième nouvelle, Histoire du docteur et de la malle de Saratoga, nous présente un jeune américain, Silas Scuddamore, à qui la curiosité va jouer un bien vilain tour. Mais dont l’énorme malle de Saratoga le sauvera du fort mauvais pas où il s’est mis tout seul… Et là encore, le Prince Florizel et le colonel Géraldine auront leur rôle à jouer. Des trois nouvelles, c’est celle sans doute que j’ai le moins aimé, car elle apparaît plus nébuleuse que les autres (même si elle trouve son dénouement à la fin !)

 

La troisième nouvelle quant à elle est mystérieuse à souhait et un peu flippante (mais qu’est-ce qui va donc se passer ??? M. Morris est-il le diable en personne ? Un dangereux psychopathe ? ^^) et là encore, Florizel aura un rôle important à jouer. Je ne sais pas pourquoi en revanche, mais j’ai trouvé l’atmosphère  du tout début de la nouvelle très proche du film From Hell avec J. Depp (histoire revisitée de Jack L’éventreur).

 

Ces trois nouvelles sont extraites d’un livre de Stevenson intitulé Les nouvelles mille et une nuits. Les trois histoires que Folio a regroupées sont les trois premières dans l’ordre d’apparition. Et dans l’édition originale, il y a encore 8 nouvelles ! Je veux les auuuutres !

 

Dès le billet fini, je file faire des recherches sur le net pour me dégotter les autres nouvelles.

 

J’aime cette ambiance british et XIXème, suspens, mystères et crimes. Stevenson flirte avec le fantastique mais le dénouement apporte toujours son explication rationnelle. C’est parfois cruel, parfois satirique. Toujours lourd de mystères et de l’odeur de la mort.

Une vraie petite douceur !

 

J’avais repéré ce titre chez une bloggeuse mais je me souviens plus qui. N’hésitez pas à me donner vos liens si vous l’avez lu !


13 janvier 2009

Comment ma cousine a été assassinée

le_fanuComment ma cousine a été assassinée de Joseph Sheridan Le Fanu (Mille et une nuits, 79 pages). Terminé le 13 janvier 2009.


Genre : nouvelle


Avis : 4/5


RESUME EDITEUR : Lady Margaret est une jeune fille orpheline de mère. A la mort de son père fortuné, elle est placée chez son oncle et tuteur, le sinistre sir Arthur Tyrrell, qui a une réputation de meurtrier. A son arrivée dans sa nouvelle demeure, retirée, elle se lie immédiatement d'amitié avec sa cousine Emily. En revanche, elle ne cessera de nourrir méfiance et répulsion à l'égard de son cousin Edward, individu détestable qui cherche à la contraindre au mariage. Elle soupçonne qu'on en veut à son héritage. On veut la tuer...

 

Offert par Lou lors du Victorian Christmas Swap, je découvre Le Fanu avec ce titre. Comment ma cousine a été assassinée est une nouvelle qui se lit rapidement mais avec plaisir.

 

Ce court récit, écrit à la première personne du singulier, nous raconte les circonstances étranges dans lesquelles la narratrice dût, à la mort de son père, se rendre chez son oncle, désigné comme son tuteur, et faire face à une funeste et pesante menace.

 

La demeure dans laquelle elle arrive est sombre et austère. Son oncle, qui jadis fut accusé de crime sans que jamais rien ne put être prouvé, vit au ban d’une société qui ne lui a jamais pardonné cette suspicion de meurtre. Il semble avoir trouvé refuge dans la dévotion et la vie simple des reclus. Seule sa cousine, vive et pleine d’entrain, réchauffe l’arrivée de la narratrice par sa sympathie et son amitié, qu’elle offre immédiatement, trop heureuse d’avoir enfin une compagne de causerie.

 

Mais petit à petit, l’ambiance morose de la vie menée dans cette demeure irlandaise va assombrir la vie de la jeune narratrice. Edward, son cousin, lui fait une cour assidue mais déplacée et grossière. Et le jeune homme, aidé dans son entreprise par son père, semble vouloir faire main basse sur la fortune de sa riche cousine. Très vite, on sent qu’il se trame quelque chose. Les visages qui se voulaient naguère familiers et chaleureux prennent le masque de comploteurs et de vils brigands.

 

Le Fanu nous décrit une vieille demeure oppressante, où le sentiment de claustration ajoute à l’impression d’enfermement psychologique et de terreur dans lesquels s’enfonce progressivement la jeune femme.  Si les ficelles de l’intrigue sont un peu grosses, et que l’on voit assez rapidement où Le Fanu veut nous emmener, on ne peut en revanche qu’apprécier l’atmosphère qu’il a su créer, lourde et entourée de mystères.

 

Pour une entrée en matière dans l’univers de Le Fanu, ce petit ouvrage est parfait. Cela me donne d’ailleurs très envie de découvrir son Carmilla ou d'autres de ses oeuvres.

 

Un petit dossier sur la vie de l’auteur, à la fin de l’ouvrage, vient compléter le récit et apporte un éclairage très intéressant sur la personnalité de cet auteur que je ne connaissais absolument pas.

 

A découvrir donc !

 

Lou l’a lu et pense aussi que c’est un livre divertissant pour découvrir l’auteur.

Cryssilda trouve, tout comme Lou d’ailleurs, que l’on y retrouve la trame des Mystères de Morley Court. (ce qui me donne donc envie de découvrir le dit roman ! ^^)

 

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26 avril 2006

L'arbre

Sans_titre_1L’arbre, de Pierre Magnan (Folio,pr.ed.1992-142 pages). Terminé le 26 avril 2006.

 

Genre : conte ( ?)

 

Avis : 5/5

 

RESUME EDITEUR : Connaissez-vous la légende du chêne, immense et majestueux, qui domine le petit village de Montfuron depuis la nuit des temps ? On raconte que, lorsque la mort rôde, l’arbre se met à brûler… Les étranges pouvoirs de cet oracle mystérieux déchaînent les peurs, les passions et les convoitises. Certains sont prêts à tout, même à tuer, pour s’en emparer.

 

Humez, humez ! Voilà une histoire qui sent bon la Provence ! Même si l’on n’a pas l’accent, la lecture de ce court conte gouleyant chante avec les inflexions du sud de la France. Je ne connaissais pas Pierre Magnan, bien qu’ayant maintes fois entendu parler de son œuvre (c’est lui qui a écrit La maison assassinée) ou de son style si particulier et, franchement, après lecture je n’en suis pas déçue ! Bien au contraire ! Quelle langue savoureuse ! Tous ces mots, dont certains, tombés en désuétude, qui se côtoient ici sans fausse note, et que l’on meure d’envie d’adopter pour ne pas les oublier une fois le livre refermé : mirliflore, boulingrins… Toutes ces tournures de phrases qui vous happent et vous enrobent, saisissant votre imagination dans la moindre de ses images… Et jusqu’au nom des personnages… Ah ! heureux Polycarpe Truche d’arborer un état-civil aussi piquant ! Quelle truculence ! Monsieur Magnan force le respect : il porte l’amour de la langue française au travers de ses phrases et érige l’écriture au rang d’art suprême. Chapeau !

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