11 juillet 2006
Cui prodest ?
Cui
prodest ?,
de Danila Comastri Montanari (10/18, grands détectives, pages). Terminé le 11
juillet 2006.
« Cui
prodest ? » : « A qui profite le crime ? ».
Voilà la
question qu’il faut poser quand on se trouve face à un meurtre.
Pour sa
quatrième enquête (j’ai déjà lu les trois tomes précédents : Cave canem,
Morituri te salutant, Parce sepulto), le richissime sénateur
Publius Aurélius Statius va pénétrer plus avant dans le monde caché de la
domesticité, la sienne et celles des autres.
L’esclavage
est une constante chez les peuples antiques mais la vision que les citoyens
libres possèdent de l’esclave, le servus latin, diffère selon la classe
sociale, l’éducation ou les principes philosophiques qui forgent l’individu.
Ce qu’il
y a de très intéressant dans cette quatrième enquête du sénateur romain, outre
l’intrigue en elle-même, c’est justement la multiplication des points de vue
sur l’esclavage à travers le roman.
On peut
ainsi voir la vie dorée des esclaves d’Aurélius et sa complicité avec son
affranchi Castor (décidément un personnage très attachant) et comparer avec le
sort d’indigence subie par les esclaves des classes défavorisées comme ceux qui
travaillent dans les chaufferies de thermes miséreux des quartiers mal famés de
Rome. Le rôle de l’esclave féminin est également bien expliqué : soumise
aux volontés de son maître ou de ses enfants mâles, elle devient bien souvent
un objet sexuel. Toute l’originalité de cette histoire réside dans le
renversement des rôles que l’auteur va effectuer pour mettre, l’espace de
quelques jours, son sénateur de détective dans le rôle d’un esclave de basse
extraction opérant un travail difficile. Totalement inconcevable dans la
réalité des faits historiques et civilisationnels de la Rome antique bien sûr,
mais c’est un roman ! Aurelius en ressort évidemment grandi dans sa
fonction de riche citoyen romain généreux et bon… c’en est même peut-être un
peu trop artificiel.
La
dimension philosophique (épicurisme et stoïcisme) est également bien abordée
pour permettre au lecteur de comprendre la différence de vision de l’homme
libre sur l’esclave : Sénèque le stoïcien ne dit-il pas en effet que
l’esclave est un homme comme les autres, et qu’il ne doit point être considéré
comme un objet mais bien comme un être humain qui n’a simplement pas eu de
chance ? A cet égard, le sénateur se rapprocherait d’ailleurs davantage du
stoïcisme que de l’épicurisme dont il se revendique. Bref, tout le petit monde
caché de Rome, le petit monde de l’esclavage sans lequel l’Urbs n’aurait pu
fonctionner correctement, est bien rendu, bien décrit.
Quant à
l’intrigue, elle se déroule comme d’habitude sans anicroche : l’auteur
manipule le lecteur à sa guise, le perdant de fausses pistes en vraies
hypothèses jusqu’au dénouement final, assez inattendu finalement.
A qui
profite le crime ? Souvent à celui que l’on attend le moins…
Comme
dans les tomes précédents, Danila Comastri Montanari nous gratifie d’une
nouvelle : « Une femme pour Publius Aurelius Statius » qui se
laisse lire, comme le digestif de ce roman.
Allez,
un peu de patience, les autres tomes sont en cours de traduction.
