23 mars 2009
Dracula de Bram Stoker
Dracula, de Bram Stoker (J’ai lu
Fantastique, 574 pages). Terminé le 20
mars 2009.
Genre : roman
Avis : 4/5
RESUME
EDITEUR : En arrivant dans les Carpates, le
clerc de notaire londonien Jonathan Harker est épuisé par son périple. Mais son
client et hôte, le comte Dracula, a tout prévu : une chambre lui a été retenue
à l'auberge pour la nuit, an attendant de rejoindre le château en calèche. Mais
pourquoi les habitants du village se signent-ils avec des mines épouvantées
quand Jonathan leur dit où il compte se rendre ? Pourquoi lui fait-on cadeau
d'un crucifix et de guirlandes d'ail ? Malgré ces mises en garde, Harker
poursuit sa route. Certes, ces montagnes escarpées, ces loups qui hurlent dans
le lointain ont de quoi faire frissonner. Mais enfin, tant de superstitions au
cœur du XIXe siècle ! Jonathan est un homme raisonnable...
Les Vampires… Tout le monde connaît, bien sûr… Et depuis le phénomène Twilight, ils sont
revenus en force ! : ) Je viens donc enfin de découvrir ce
classique de la littérature fantastique qu’est le Dracula de Stoker !
Qu’ai-je retenu de cette lecture ? Tout
d’abord, j’ai été complètement happée par les premières pages. Tout
commence avec le journal de Jonathan Harker qui est en route pour la Transylvanie
et le château du comte. Cette première partie de récit est tout simplement
prenante. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Stoker sait créer une
ambiance. A le lire tard le soir, au chaud sous la couette, on frissonne avec
ce pauvre Jonathan qui ne sait pas où il a mis les pieds.
La rencontre avec le comte est forte et puissante,
car quand on connaît les codes qui régissent la mythologie vampirique, on a
envie de crier au jeune Harker d’essayer de s’enfuir au plus vite. L’arrivée au
château est en ce sens un grand moment. Dracula possède à ce moment-là une
corporéité qui va peu à peu s’estomper au fil des pages. Il est le héros de
ce roman, mais finalement, en tant que personnage, -mis à part dans cette
première partie-, il n’apparaît plus en tant qu’individu mais en tant qu’ombre
menaçante et dangereuse. C’est d’ailleurs très étrange car juste avant sa
fuite, il lance une seule phrase au groupe qui désormais le pourchasse
(Quincey, Van Helsing, Harker, Goldaming et Seward) et cette parole lancée
sonne bizarrement : comme si le fait de replacer le Comte dans sa
corporéité lui enlevait son aura maléfique…
La construction du roman est tout bonnement géniale
quant à elle : les
extraits des journaux intimes de différents protagonistes s’enchaînent,
ménageant à chaque tournant de l’intrigue un suspens diabolique (oui, oui…
même si on connaît tous l’histoire pour l’avoir souvent vue adaptée au cinéma
notamment, on se laisse complètement emporter par le rythme du récit).
La partie consacrée au journal de Mina Harker, et à
la lente agonie de Lucy est tout aussi prenante. Les atmosphères sont
lourdes, pesantes. Tout concourt à plonger le lecteur dans un univers
angoissant où le Comte tire les ficelles en main de maître.
Deux points uniquement m’ont gênée : la fin du roman, à partir de la
traque du comte, que j’ai trouvée un plus longuette dans le rythme que
le reste de l’intrigue. On sait comment ça doit se terminer, et quelque part,
on a hâte d’arriver à cette fin inéluctable. Ensuite, c’est le côté parfois
trop mièvre des relations qui s’emparent du groupe dès la mésaventure
vampirique de Mina. Le fait d’avoir une femme, qui prend une place et une
importance conséquente dans un roman où les hommes sont prédominants, est en
soi une adjonction littéraire qui rajoute du poids et une force à l’histoire.
Mais le groupe se soude autour d’une amitié qui pour moi se fond dans une
espèce d’attirance ambiguë entre tous ces protagonistes. Chacun pour une raison
différente, ils portent une indéfectible affection à Mina Harker, et Stoker
en fait alors comme une Madone maudite que seule une quête sainte et expiatoire
pourra sauver. J’ai trouvé ça un peu « too much » par endroits.
J’aimerais maintenant regarder à nouveau le Dracula
de Coppola, qui, si je m’en souviens bien, est sans doute l’un des films les
plus fidèles au roman. Si l’on excepte que le réalisateur a rajouté cette
histoire d’amour de Dracula pour Mina… Mais il faudrait que je revoie le film
pour pouvoir le comparer à cette récente lecture.
Un bon moment en tout cas, et un classique de la
littérature fantastique à côté duquel il ne faut pas passer !
L’édition J’ai lu présente en plus un court
dossier à la fin du livre, avec une biographie de l’écrivain et la genèse
du roman. Les autres sources d’inspiration de l’écrivain sont également citées
et l’on se rend compte que cette ambiance gothique est le fruit d’une lente
maturation autour du personnage du vampire qu’avait déjà ébauché Polidori par
exemple. C’est vraiment intéressant. J’avais d’ailleurs lu La villa des
Mystères qui racontait cette histoire.
Alors, un seul mot d’ordre : après Edward Cullen, laissez-vous mordre par le maître en personne ! ^^ (mais n’oubliez pas le collier de fleurs d’ail ! )
16 juillet 2006
La villa des mystères
La villa des mystères, de Fédérico Andahazi (Folio SF,
151 pages). Terminé le 16 juillet 2006.
Genre : roman
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : Eté 1816: le temps est
exécrable sur les rives du lac Léman. Désoeuvrés, Lord Byron, Percy et Mary
Shelley, Claire Clairmont et le docteur Polidori, hôtes illustres de la villa
Diodati, se lancent un défi littéraire écrire l'histoire gothique ultime, la
plus sombre, la plus originale. Polidori, secrétaire et souffre-douleur de
Byron, jaloux du talent de son maître, reçoit d'étranges lettres anonymes qui
l'informent de l'existence des jumelles Legrand, des comédiennes scandaleuses,
courtisanes, célèbres et méprisées. Et qui surtout lui proposent un étrange
pacte littéraire... Qui lui écrit ces lettres scellées à la cire noire ? Que devra-t-il
donner en échange du chef-d'œuvre dont il rêve ? Cette Villa des mystères est
le théâtre d'un roman gothique moderne qui explore des régions insoupçonnées,
troublantes, de la sexualité, et revisite avec malice un moment fondateur des
littératures de l'imaginaire : la création du Frankenstein de Mary Shelley.
Qualifié
de « roman », je serais tentée d’attribuer davantage le qualificatif
de « nouvelle » à ce court récit qui nous entraîne dans les profondeurs
gothiques du XIXème siècle dans une structure narrative digne des meilleurs
récits à chute…
L’histoire
s’appuie sur un fait historique réel : le séjour en suisse de Byron, des
Shelley, de Claire Clermont (demie-sœur de Mary Shelley) et du docteur Polidori
dans la villa Diodati. Cette villégiature donna lieu à un pari dont l’enjeu
passerait à la postérité : lancé par Byron en cet été 1816, il s’agissait
d’écrire le récit le plus effrayant possible…Et Frankenstein naquit
ainsi de l’esprit de Mary Shelley…
Mais
l’intérêt du livre réside plutôt dans la focalisation sur le personnage le
moins connu de la petite troupe et pourtant bien réel : le docteur John
William Polidori. Ténébreux personnage auquel on s’attache bien malgré nous,
parce qu’il incarne l’être humain dans toute sa médiocrité et toute sa
fragilité face au gigantisme du génie du trop fameux Lord Byron… J’avoue avoir
été séduite par ce personnage auquel je me suis parfois identifiée, notamment
dans sa quête du don d’écriture.
La
structure épistolaire entretient vraiment bien le suspense et instaure avec le
lecteur une connivence entre lui et Polidori, seul à recevoir ces mystérieuses
lettres cachetées. L’autre personnage, que je ne peux nommer ni développer sans
déflorer une partie de l’histoire, est quant à lui fascinant et repoussant, un monstre
au sens premier du terme, mais dont l’intelligence et la sensibilité rapproche
de l’humain.
Le parti
pris de l’auteur de concentrer son intrigue autour de la sexualité est
également intéressant dans la mesure où il permet d’associer la littérature,
l’instinct de survie et la création littéraire dans une triade gothique maudite
et maléfique qui laisse songeur… Pas idiot du tout cette idée, monsieur
Andahazi : il fallait y penser !
La
fin ? Deux avis rentrent en conflit dans ma tête : assez convenue dans
le sens où elle ne se départit pas du schéma classique de la chute des
nouvelles ou court roman noir, et en même temps, follement intelligente et
excitante…
En
résumé, petit roman à consommer sans modération : rondement mené, il
laisse une arrière pensée terrible quand on l’a terminé : et si rien ne
s’acquérait sans que l’on y perde quelque chose ?

