08 mai 2009
Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle
Comment draguer la catholique sur les chemins de
Compostelle, d’Etienne Liebig (La
Musardine, 223 pages). Terminé le 08 mai
2009.
Genre : roman érotique
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : Etienne, le narrateur de ce guide hors du commun, pantalon
à grosses côtes et sac au dos, n'hésite pas à se sacrifier pour suivre le
pèlerinage qui, de Vézelay à Compostelle, perpétue selon lui l'archaïsme de la
pensée et la soumission au destin. Appuyé à son bâton de pèlerin, Etienne a
plus d'un tour dans sa besace pour approcher au plus près les corps croyants de
cette vaste communauté en marche. Le constat est hilarant : la chair est
faible, on s'en doutait, mais elle est tout sauf triste...
A l’heure où Sœur Sourire est à
l’honneur sur les écrans, je n’ai pu m’empêcher à la lecture de ce roman d’avoir en
tête la ritournelle mélodique du fameux Dominique, nique, nique… … ^^
Ben oui, pour un roman érotique
curieusement intitulé Comment draguer la catholique sur les chemins de
Compostelle, difficile de ne pas y penser, avec l’arrière-pensée grivoise que
peuvent inspirer les deux derniers mots… :))
Elle était facile celle-là. La
preuve, même l’auteur y a pensé.
Là, je suis sûre qu’une question
taraude les lecteurs de ce blog qui me connaissent un peu et qui connaissent
l’univers de lecture qui est habituellement le mien : mais comment un
tel livre a-t-il pu atterrir entre mes mains ???
Eh bien je vais assouvir votre
curiosité : c’est un curieux concours de circonstances. Une amie,
avec qui j’échange beaucoup de livres, avait commandé ce livre sur la seule foi
prometteuse de son titre. Elle n’avait absolument aucune idée de ce qu’il y
avait à l’intérieur du roman. Un simple coup de cœur phrastique. Et hier, comme
j’allais à la librairie, dans laquelle se trouvait son livre fraîchement
arrivé, elle m’a demandé de le récupérer. Et d’y jeter un œil –voir le lire- si
ça m’intéressait, avant de lui donner le lendemain soir.
En début d’après-midi, en ce jour
férié, j’ai commencé à lire les premières pages, me demandant de quoi il
pouvait bien en retourner. Je trouvais la couverture super sympa en
outre : une bouche pulpeuse au-dessus d’un col de prêtre. C’est bien vu. Et
finalement, je l’ai lu jusqu’au bout. Mon premier livre érotique ! Oui,
oui, je n’en ai jamais lu avant ! Même pas le très classique Sade.
Alors ? Qu’en dire ? Eh
bien, la première chose que j’ai envie de dire, c’est que je me suis bien
marrée.
Quoi ? Comment ça, le rire
n’est pas supposé faire partie des buts recherchés par la littérature
érotique ?
Eh bien je vous assure pourtant,
j’ai passé un très agréable moment.
Alors pour le coup, il ne faut
pas avoir peur des scènes hautement érotiques –voire plus- toutes les 5 pages.
C’est un peu le but du jeu, hein. Ce n’est pas la partie qui m’a le plus
intéressée, même si, il faut bien l’avouer, ça m’a plu de découvrir comment
un romancier peut arriver à traiter de plusieurs manières un acte qui,
fondamentalement, est toujours le même, que l’on change de partenaires, d’âges
ou de situations. Bon, comme c’est mon premier livre du genre, je n’ai pas
de points de comparaison, donc je ne peux pas dire si c’est de la bonne
littérature érotique ou pas. Ce que je peux dire en revanche, c’est que la
répétition des scènes licencieuses m’a un peu lassée au bout d’un moment.
C’est comme toutes les débauches : au bout d’un moment, ça finit presque
par écoeurer. Je n’ai pas dit dégoûter, entendons-nous bien. Mais disons que ça
s’essoufle un peu au bout du compte.
Et le rire dans tout ça,
alors ? Ou ai-je pu le trouver ? Dans le point de départ du roman
tout simplement : l’idée d’aller draguer de jeunes –ou moins jeunes-
pèlerines, pour les soumettre à la tentation de la Chair. Et là, franchement,
sans mauvais jeu de mot, c’est jouissif.
Que je mette les choses au
clair : je ne suis pas croyante, mais très tolérante. Le narrateur est
libertin. Plus. Il est libertaire et iconoclaste. Et son plaisir est de dévoyer
ces ferventes catholiques pour leur prouver que le poids des traditions
judéo-chrétiennes dans leur approche de la sexualité est obsolète, voire pire,
sectaire. Loin de moi donc l’idée de me moquer d’une religion, quelle qu’elle
soit, mais la manière de Liebig d’explorer les différentes
« couches » de catholiques m’a profondément fait rire. Avouons-le,
c’est parfois totalement caricatural mais c’est de là que naît le comique.
Et l’écriture n’est pas
désagréable. Et mieux encore, l’auteur, à travers son narrateur, nous gratifie
même de quelques menus détails religieux, architecturaux, historiques ou
sociologiques pour le moins intéressants. Encore une fois, je n’ai aucun point
de comparaison, mais j’ai trouvé très habile la manière de mener le récit en
émaillant le texte de réflexions intelligentes pour certaines. Le narrateur,
bien qu’infect Don Juan des chemins vicinaux, possède une certaine culture.
Je me suis demandée à plusieurs
reprises où se situait la fiction de la réalité puisque le narrateur se nomme
Etienne, comme l’auteur. Auteur qui est lui-même décrit dans la présentation de
l’éditeur comme un « obsédé sexuel » patenté… ^^ Mais les
situations sont parfois tellement burlesques qu’on ne peut que penser
que tout cela n’est que littérature. Et puis, peu importe à la rigueur.
Cela dit, je pense que les
fervents catholiques seront outrés de l’image qui est renvoyée de la femme
croyante, succombant souvent de manière débridée et déchaînée aux assauts du
narrateur. Les prudes saintes se transforment en bacchantes lubriques en
moins de temps qu’il n’en faut au narrateur pour déboutonner son pantalon. C’est
d’ailleurs là où c’est peu crédible : vous en connaissez beaucoup, vous,
des femmes qui se donnent en moins de quelques heures à un parfait
inconnu ?
Le narrateur est finalement un
parfait Tartuffe qui s’essaie à l’évangélisation voluptueuse de ferventes
croyantes aux plaisirs de la chair. Le passage qui m’a le plus fait rire
est celui de la conquête de « la catho intégriste ». Nan,
franchement, à mourir de rire. Etienne est un hédoniste accompli, un peu
égoïste et souvent outrageusement mystificateur.
Pour résumer, une découverte surprenante. A déconseiller aux grenouilles de bénitier. Ou alors il faut une
bonne dose d’humour et d’auto-dérision. Et pour les athées ou agnostiques, c'un bon
angle d’attaque pour épingler les travers catholiques.
Et pour terminer ce billet sur une
note d’humour, je n’ai pu non plus m’empêcher pendant cette lecture de penser à
l’une des nombreuses scènes cultes du Père Noël est une ordure. Et
elle reflète en outre assez bien l’esprit du livre… ^^ A bon entendeur…
PS : Que Dieu me pardonne de
m’être vautrée mentalement dans la luxure. Je m’en vais d’ailleurs de ce pas
réciter 10 Pater et 5 Ave. :))
