Fabula Bovarya

A tous ceux qui sont atteints d'un incurable bovarysme...

09 mai 2009

Oscar Wilde et le jeu de la mort

jeudelamortOscar Wilde et le jeu de la mort, de Gyles Brandreth (10/18 Grands détectives, 460 pages). Terminé le 08 mai 2009.


Genre : roman policier


Avis : 4/5


RESUME EDITEUR : Facétieux Oscar Wilde ! Après avoir choqué le monde par ses boutades lors de la première triomphale de L'Eventail de Lady Windermere, le voici qui propose à ses amis une curieuse activité pour les distraire : le jeu de la mort. Chacun inscrit sur une feuille le nom de la victime de son choix et aux participants de deviner qui veut tuer qui. Mais quand la Mort commence à frapper les victimes potentielles dans l'ordre exact où elles ont été tirées, le drame succède à la comédie. Flanqué de son fidèle ami Robert Sherard, et assisté par Arthur Conan Doyle et par le peintre Wat Sickert, Wilde mène l'enquête avec plus de zèle que jamais. Car son nom et surtout celui de sa femme figurent sur la liste funèbre...

 

J’avais déjà totalement craqué pour Oscar Wilde en détective dans le premier opus écrit par Gyles Brandreth : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles.

Après la lecture de ce deuxième volume, c’est officiel, je suis fan.

C’est toujours aussi savoureux, réjouissant et pétillant. L’intrigue est plutôt bien ficelée. Un peu tirée par les cheveux peut-être, mais finalement, Constancelloydtrès wildienne.

 

Lors d’une soirée du Club Socrate, créé par Wilde pour lui éviter de mourir d’ennui le dimanche, les convives se livrent au « jeu de la mort » : chacun écrit sur bout de papier le nom d’une personne qu’il aimerait assassiner et les autres doivent deviner qui a écrit le nom et pourquoi. Mais ce qui a démarré comme un jeu vire rapidement à la tragédie quand les personnes citées dans le jeu meurent tour à tour… Oscar est lui-même cité. Pire, la généreuse et adorable Constance, son épouse, est visée. Constance qui fait chavirer nombre de cœurs, dont celui de l’attachant narrateur, Robert Sherard.

 

Dans ce tome, on découvre également le personnage de Lord Alfred Douglas, Bosie, celui qui causa la perte du grand dramaturge et Gyles Brandreth sait le rendre très attachant. Tout sonne juste : les ambiances, les personnages… J’aime beaucoup la présence de personnages réels dans ces enquêtes de Wilde : Conan Doyle, Bram Stoker etc.

Pas de temps mort, tout s’enchaîne et j’ai dévoré le livre dès que j’avais un moment de libre, ou que je n’étais pas trop fatiguée…

 

Un vrai petit bonheur de lecture. Je sais qu’il y a d’autres tomes de prévus et je n’attends plus qu’une chose : la suiiiiite !

Un seul regret : que la couverture de cette enquête soit moins acidulée que la précédente… ^^

 

07 novembre 2008

Le fantôme de Baker Street

fant_me_bakerstreetLe fantôme de Baker Street, de Fabrice Bourland (10/18, 247 pages). Terminé le 06 novembre 2008.


Genre : roman policier


Avis : 4/5


RESUME EDITEUR : Londres, 1932. Depuis que la municipalité a attribué à la maison du major Hipwood le n° 221 à Baker Street, le salon du premier étage semble hanté. S'agit-il d'un esprit, comme le prétendent certains ? Existe-t-il un lien entre ces manifestations et la série de crimes qui ensanglante Whitechapel et les beaux quartiers du West End ? Motivée par un funeste pressentiment, lady Conan Doyle, la veuve de l'écrivain, sollicite l'aide de deux détectives amateurs, Andrew Singleton et James Trelawney. Lors d'une séance de spiritisme organisée à Baker Street, ces derniers découvrent avec effarement l'identité du fantôme. Et quand ils comprennent que les meurtres à la une des journaux imitent ceux commis par Jack l'Eventreur, Dracula, Mr Hyde et Dorian Gray, nos jeunes enquêteurs sont entraînés dans une aventure qu'ils ne sont pas près d'oublier. Un hymne enflammé à la littérature victorienne et à ses monstres sacrés !

 

Le fantôme de Baker Street dormait bien paisiblement dans ma PAL depuis cet été… J’avais essayé de le lire une première fois, mais je m’étais arrêtée assez rapidement dès les premières pages. Ce n’était peut-être pas le bon moment. Et finalement, l’ambiance un peu pluvieuse et brumeuse de ces derniers jours a favorisé mon immersion totale dans le roman. C’est donc au coin du feu que je me suis laissée emporter dans le fog londonien des années 30 avec un plaisir non dissimulé.

 

Fabrice Bourland a imaginé ici un duo d’enquêteurs sympathique dont la ressemblance avec les mythiques Holmes et Watson n’échappera à personne. Andrew Singleton et James Trelawney, deux jeunes américains, ont décidé de se lancer dans le métier de détective. Mais quoi de mieux que de se trouver à Londres même pour faire ses premier pas dans le rôle d’enquêteur ? Et quand en outre, ce Londres des années 30 glisse peu à peu à la frontière du Londres victorien, ça devient fichtrement intéressant… de quoi frémir d’aise à retrouver les personnages qui ont fait la gloire de la littérature anglaise sous le règne de la Reine Victoria…

 

Néanmoins, je dois avouer que le tout début du roman m’a semblé un peu fastidieux : il y a en effet un prologue qui sert d’avertissement fictif au lecteur, émanant de la « maison d’édition », se demandant si l’aventure relatée par Andrew Singleton, qui a toujours narré ses aventures « réelles » avec son acolyte James Trelawney, est vraie, tant les faits de cette enquête semblent étranges… Ensuite, pour permettre au lecteur de mieux comprendre ce qui se passe dans cette intrigue, de vrais-faux rapports de séances spirites sont consignées, comme des témoignages. Cela donne un côté un peu trop distancé à ce début de roman. C’était peut-être ça qui m’avait freiné lors de ma première lecture.

 

spiritesCependant, un fois ce début de roman passé, on est vite plongé dans une ambiance agréable et mystérieuse, car le premier visiteur –et client- de ces enquêteurs n’est rien de moins que la veuve de Sir Arthur Conan Doyle ! Le nouvellement 221 Baker Street semble en effet en proie à des événements surnaturels qui ne sont visiblement que le prélude à d’autres faits aussi étranges, mais aussi bien plus sanglants…

 

Et nous voilà donc emportés dans une enquête passionnante, amusante, et innovante. Avec ce Fantôme de Baker Street, il ne faut pas avoir peur de voir mêlés le réel et le surnaturel, la fiction et l’histoire (nombreux sont les anecdotes réelles sur Conan Doyle ou les tendances spirites du XIXème siècle) ou de voir l’arrivée improbable mais intéressante des meurtriers célèbres de la littérature victorienne !

 

Le fantôme de Baker Street est donc une lecture rafraîchissante, et qui, pour un premier roman, laisse augurer une prometteuse série si Fabrice Bourland décide de s’investir pleinement auprès des deux détectives sortis de son imagination. Il existe déjà un deuxième opus, Les portes du sommeil, que j’achèterai probablement sans tarder.

 

cottingleyJ’ai toujours été une fan inconditionnelle de Sherlock Holmes, et même si Andrew Singleton n’en est pour l’instant qu’un reflet tremblotant, je gage que l’auteur saura lui donner une consistance qui lui sera propre et qui en fera son originalité. Et j’ai vraiment apprécié faire plus ample connaissance avec une face plutôt méconnue d’Arthur Conan Doyle : sa fascination pour le surnaturel, qui lui valut d’ailleurs les railleries d’un bon nombre de ses contemporains, comme dans l’affaire des fées de Cottingley.

 

Le seul reproche que je pourrai éventuellement faire au livre est de ne pas jouer assez sur l’effet de suspense, car les événements s’enchaînent sans doute trop facilement, mais l’ambiance londonienne, fog, cab, séances spirites et mystères emplissent ces pages de la bonne odeur des enquêtes d’antan. Et parfumées au fantastique qui plus est. Ce n’est pas pour rien que la première de couverture titre « Les détectives de l’étrange » ! Les ghosbusters nouveaux sont arrivés…


01 novembre 2008

La nuit des autres

ybessonLa nuit des autres, d’Yvonne Besson (Pocket, 349 pages). Terminé le 01 novembre 2008.


Genre : roman policier


Avis : 4/5


RESUME EDITEUR : Marville, petite ville des côtes normandes. La Société des Amis d'Aubin Corbier, qui entretient la mémoire du célèbre auteur local, vient de perdre deux de ses membres dans des conditions mystérieuses. Chargée de l'enquête, le capitaine Carole Riou doit composer avec une administration qui compte régler cette affaire au plus vite et réprimer les sentiments confus que suscite en elle le fils de l'écrivain, vers lequel convergent tous les soupçons. Déterminée à explorer d'autres pistes, Carole est loin d'imaginer qu'elle va découvrir des abîmes de noirceur et de terribles secrets enfouis derrière la façade honorable des notables de la ville...

 

 

Yvonne Besson, c’est le polar bien franchouille comme je l’aime. J’avais commencé par découvrir ses romans avec Un coin tranquille pour mourir, puis Meurtres à l’antique, et enfin Doubles dames contre la mort. Je ne les ai donc pas lus dans leur ordre de parution, mais qu’importe ! L’inspecteur Carole Riou est si attachante que lire ses aventures à rebours permet de l’éclairer sous un jour nouveau et intéressant.

 

Dans ce roman, la petite ville normande de Marville est encore une fois sous le choc : Geoffroy Audencourt, un « notable » marvillais, est décédé dans des circonstances un peu étranges, qui vont nécessiter une autopsie après que son corps eut été inhumé. Un peu plus tard, c’est le corps d’Yves Faurel, président de l’Association des Amis d’Aubin Cormier, l’écrivain et la gloire locals, qui est retrouvé sauvagement assassiné.

 

Carole va devoir démêler cet écheveau rapidement, pour éviter que les meurtres ne se multiplient, et surtout en damant le pion au SRPJ de Rouen, dépêchés sur les lieux du drame, et à qui l’enquête de Carole a été confiée.

 

Toujours aidée de son fidèle adjoint Modard, elle va sillonner la petite communauté marvillaise pour comprendre ce qui relie entre eux ses deux meurtres apparemment si dissociés. Et l’inspecteur n’est pas au bout de ses surprises. Sur fond de jalousie, de trahisons, de violence et de perversité, les personnages évoluent sous des masques qui dissimulent mal les turpitudes de cette petite ville de Province.  Et dont les racines du mal prennent leur source dans la France de la seconde guerre mondiale.

 

Yvonne besson a le don de raconter ses histoires avec une simplicité désarmante. Je ne crois pas qu’il y rien de notable ou particulier dans son style si ce n’est cette profonde psychologie qu’elle insuffle à ses personnages, dont les émotions et les réactions sonnent souvent si justes. L’action n’est pas démesurément violente, tout se passe au rythme tranquille d’un épisode des 5 dernières minutes. Et pourtant, on ne s’ennuie à aucun moment. L’histoire glisse, coule, et les pages s’avalent. Le lecteur, immergé dans cette atmosphère provinciale qu’elle sait si bien créer part tout simplement tranquillement en quête de vérité aux côtés de Carole Riou et Modard.

 

Dans ce roman naissent les prémisses de l’histoire d’amour de Carole avec le fils d’Aubien Cormier, Emmanuel. Ayant lu les livres dans le désordre, j’ai été satisfaite de voir dans quelle conditions s’est déroulée cette rencontre entre les deux personnages. Les liens se nouent insensiblement, et on découvre une Carole qui refait surface sentimentalement parlant, des années après la perte de son mari qui la hante et l’obsède. Rien n’est encore fait dans ce livre, mais l’espoir qui guide la fin de l’histoire laisse présager les bons augures qui planent sur les romans suivants.

 

TadzioOui, comme je le disais en guise d’introduction, c’est le polar bien franchouille comme je l’aime. On est loin des Chattam, Preston et Child ou autres grands auteurs de thrillers best-sellers. Mais ça fait du bien. Moins de violence, moins de sexe, moins de trash et gore et plus d’humanité et de vraisemblance. Mais tout de même le mal qui se fraye en chemin. Et qui s’insinue dans toutes les couches sociales. Et puis il y a toujours une petite référence littéraire, culturelle ou mythologique dans ses romans, qui nous met sur la piste sans trop non plus nous dévoiler le fond de l’histoire. Dans ce roman, c’est Thomas Mann et son roman La mort à Venise. Et le personnage de Tadzio (ci-contre) tient son rôle dans cette tragédie masquée.

 

Dans La nuit des autres (joli titre d’ailleurs), on comprend relativement rapidement l’une des intrigues, mais la seconde est bien plus obscure, bien plus profonde. Les pièces du puzzle se mettent progressivement en place. Et même s’il n’y a pas de coup d’éclat final, quelle jubilation de pouvoir tout remettre en ordre. J’aime le style Besson, et j’espère qu’elle nous concoctera d’ici peu une nouvelle aventure de l’inspecteur Carole Riou.

 

20 septembre 2008

La Princesse des glaces

princessedesglacesLa princesse des glaces, de Camilla Läckberg (Actes Sud, 381 pages). Terminé le 20 septembre 2008.


Genre : roman policier


Avis : 3/5


RESUME EDITEUR : Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge clans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide. Au-delà d'une maîtrise évidente des règles de l'enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et - tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol - disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu'on ne le pense.

 

Comme à chaque fois, le fait que je mette du temps à lire un livre reflète mon manque d’engouement pour le livre en question… C’est une copine qui me l’a prêté et j’en suis bien contente. J’avais déjà regretté d’avoir acheté Sépulcre, et j’aurais eu le même sentiment avec cette Princesse des Glaces… Donc, tant mieux, ce prêt m’a évité un achat inutile…

 

Décrit comme un polar suédois prenant la digne relève de la série Millénium de Larsson, force est de constater que les deux livres ne sont absolument pas comparables ! D’aucuns y ont vu également une Bridget Jones nordique menant l’enquête dans une petite ville aux lourds secrets… Et pour avoir lu les deux opus des aventures de la trentenaire british la plus déjantée que j’ai eu l’occasion de lire, il n’y a là non plus aucune comparaison possible (si ce n’est l’archi-connu épisode de la culotte mémère et du collant gainant, quasiment plagié par Camilla Läckberg ici) ! Bref, j’en finis par me demander quel est ce besoin que les gens ont toujours de vouloir plaquer des références connues sur des univers qui n’ont rien en commun ?

 

Au final, je crois que je n’ai pas grand-chose à dire sur ce livre : beaucoup de longueurs, un style pas toujours très heureux (et c’est peu de le dire, je trouve…), une histoire d’amour trèèès à l’eau de rose (oserais-je dire « cul-cul » ?), un tout petit peu d’humour (enfin, juste de quoi relever le coin de la lèvre une ou deux fois), et une caricature des couples qui sont décrits dans le roman. Enfin, bref, comme vous l’aurez compris, je n’ai été que très peu emballée par ce roman.

 

Et puis pour le rebondissement, on repassera : l’intrigue est à la hauteur des films d’Ingmar Bergman : lente. Une centaine de pages avant la fin, j’avais compris ce qui se passait. Du coup, je dois l’avouer, j’ai passé un peu plus vite les pages de fin pour pouvoir enfin terminer ce bouquin.

 

Je suis déçue donc et La princesse des Glaces ne restera pas un souvenir impérissable..

 

Leil l’a lu aussi : voir son avis.


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11 mai 2008

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

wilde_chandellesOscar Wilde et le meurtre aux chandelles, de Gyles Brandreth (10/18 Grands détectives, 384 pages). Terminé le 11 mai 2008.

 

Genre : roman policier

 

Avis : 5/5

 

 

RESUME EDITEUR : En cette fin de siècle trépidante, Oscar Wilde, dandy éclairé, virevolte de mondanités en rendez-vous discrets, lorsqu'un drame vient bouleverser sa vie. Tandis qu'il s'apprête à écrire Le Portrait de Dorian Gray, il découvre dans un meublé le corps d'un jeune garçon de sa connaissance. Tout semble indiquer un meurtre rituel. Et en ami fidèle, Oscar Wilde s'est juré de ne pas trouver le repos tant que justice n'aura pas été faite pour Billy Wood.

 

 

 Voilà une lecture tout à fait jubilatoire ! Derrière la couverture acidulée de ce poche nouveau format de la collection 10/18 se cache un petit bijou de roman policier.

 

 C’est, depuis quelques temps, la grande mode de mettre en scène des personnages historiques connus dans des enquêtes policières. Et Gyles Brandreth se propose humblement –mais avec toute la force de son talent- de nous faire accompagner Oscar Wilde dans son enquête…

 

Oscar Wilde… Rien que le nom de ce génie fait vibrer et appelle les atmosphères londoniennes fin de siècle dans lesquelles se mêlent cigarettes, brandy et dîners mondains…

 

 Et Gyles Brandreth a le délicieux talent de brosser une ambiance charmante et surannée que n’aurait pas renié Wilde en personne je suis sûre… Des alcôves de clubs masculins aux visites mondaines, d’escapades parisiennes en balades en cab dans Londres, l’écriture porte le lecteur dans un univers parfaitement recréé. Un travail formidable qui nous plonge complètement le Londres fin de siècle qu’hantèrent aussi bien Wilde que Jack l’éventreur ou Arthur Conan Doyle.

 

 Les personnages, en outre, ont ainsi l’étoffe de la réalité (on y croise Robert Sheppard, bien sûr, le narrateur, mais aussi le peintre Millais et d’autres encore) mais aussi le panache des détectives d’antan, puisqu’aux côtés de Wilde chemine justement le jeune Arthur Conan Doyle… Beaucoup de personnages trouvent ainsi un ancrage historique et Gyles Brendreth les fait se mouvoir avec un naturel absolument désarmant. Et Wilde lui-même trouve un souffle incroyable au travers de répliques parfois empruntées à son œuvre elle-même, parfois au travers de traits d’esprits tout droit sortis de l’imagination de l’auteur, mais avec une finesse tout à fait wildienne… Un vrai régal ! Et encore, nous n’avons que la traduction ! J’imagine le bonheur que ce doit être dans la langue de Shakeaspeare…

 

 L’intrigue en elle-même est très bien trouvée. On se trouvera sans doute un peu le reflet du portrait de Dorian Gray (que Wilde rédige d’ailleurs au moment où l’auteur situe son histoire) avec le meurtre mystérieux d’un jeune homme, retrouvé entouré de chandelles dans un garni.

 

 L’histoire se boit comme du petit lait, et j’ai personnellement retrouvé les émotions que j’avais jadis quand, adolescente, je lisais les aventures de Sherlock Holmes… Car Wilde en plus, j’ai oublié de le dire, s’est pris de passion pour le nouvel héros de son ami Doyle et s’amuse, avec brio, il faut le dire, à jouer les détectives à la manière de Holmes…

 

 En bref, on passe un excellent moment, complètement absorbé par l’ambiance, les personnages, le style, l’intrigue… Pour tout dire, j’ai commencé le livre et n’ai pu le lâcher avant de l’avoir terminé. Il m’a fallu l’après-midi mais je crois que j’aurais pu mordre si on avait tenté de me distraire de ma lecture.

 

Wilde est un personnage naturellement fascinant, mais Gyles Brandreth fait plus que le ressusciter, il lui donne corps, il donne une nouvelle énergie à ce dandy irlandais que l’on connaît essentiellement pour ses traits d’esprits et le scandale qui l’éclaboussa à la fin de sa vie. Dans ce livre, c’est le splendide Wilde qui s’exprime, le merveilleux Wilde qui enquête, l’attachant Wilde que l’on voit évoluer en famille, l’exceptionnel Wilde qui revit, tout simplement, sous la plume magique de Gyles Brandreth…

 

 Et il semblerait qu’il y ait d’autres épisodes de prévus ! Que cela va être long d’attendre !!! Je suis sous le charme, je suis conquise, je suis ravie. Wilde, même mort, continue d’inonder de son aura mystérieuse et impénétrable ceux qui l’approchent… Merci à Gyles Brandreth d’avoir insufflé à Oscar Wilde un regain magnifique de vie…

 

 

12 novembre 2006

L’homme aux cercles bleus

Sans_titre_1L’homme aux cercles bleus, de Fred Vargas (J’ai lu, 220 pages). Terminé le 12 novembre 2006.

 

Genre : roman policier

 

Avis : 3/5

 

RESUME EDITEUR : " Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? " Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon... Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent un maniaque, un joueur. Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de, mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique. Il n'a pas tort. Un matin, c'est le cadavre d'une femme égorgée que l'on trouve au milieu d'un de ces cercles bleus.

 

La première chose que l’on peut dire sur les romans de Fred Vargas, c’est qu’elle a un univers bien particulier et un style bien à elle pour le faire passer. On aime ou on n’aime pas, tout est une question de goût.

Je dois avouer que j’ai eu un peu de mal à rentrer dans le livre : la plupart des personnages qu’elle fait évoluer dans son monde ont tous un grain, sont tous un peu déjantés. Chaque particularité, qualité ou défaut, est poussée jusqu’à son extrême et peut provoquer parois un malaise chez son lecteur : on a tendance à d’abord ce dire que tout cela est bien trop mis en scène, que personne n’agit véritablement comme ça. Et puis, en réfléchissant bien, en se laissant flotter avec l’histoire, on se rend compte que Vargas ne fait que décomposer des modes de pensées ou de réflexion, qu’elle s’attarde sur ce qui d’habitude laisse froid faute de temps suffisant pour s’y appesantir. Un peu comme ces vieilles séquences cinématiques qui décomposent les mouvements d’un homme qui court. Bref, tout cela dénote un imaginaire bien particulier face auquel j’ai dû me faire personnellement violence pour pouvoir y rentrer car c’est très loin de mes propres schémas d’analyse et de pensée.

Le début du livre est très lent à mon goût, mais visiblement, il s’agit du premier opus où elle met en scène le commissaire Adamsberg et l’inspecteur Danglard : il faut donc poser les marques. Cela se fait dans la lenteur, l’introspection, l’analyse constante. Beaucoup de narratif et de style indirect libre pour rentrer dans la tête des personnages. Au final, ce sont deux bonshommes particuliers, des êtres réalistes mais attachants. Pas du tout le type de détective glamour et ténébreux des séries policières habituelles.

L’intrigue met donc par la même occasion un peu de temps à décoller. Je l’ai trouvé vraiment intéressante vers la fin du livre, quand tous les éléments commencent à se mettre en place, que les pièces du puzzle commencent à s’imbriquer les unes dans les autres et que l’on commence peu à peu à comprendre toute l’histoire. Et là, je dois reconnaître que
même si ça fait plaisir enfin de se faire avoir avec un bouquin, de se faire réellement surprendre par l'identité du coupable, cela est fait en dépit de tous les accords tacites qui unissent un écrivain de polars et son lecteur : Adamsberg réagit de manière très intuitive (trop ?), et le lecteur n'a pas toutes les pistes et les éléments pour pouvoir mener son enquête en parallèle. C'est un peu dommage.

Je pense que je lirai d’autres livres de Fred Vargas, mais j’espère que je n’aurai pas autant de mal à pénétrer dans son univers et que, une fois la surprise de la découverte passée, je pourrai sympathiser avec la série de cet auteur.

23 août 2006

Le lac des derniers soupirs

Sans_titre_1Le lac des derniers soupirs, de Erin Hart (Pocket Policier, 563 pages). Terminé le 23 août 2006.

 

Genre : roman policier

 

Avis : 3/5

 

RESUME EDITEUR : Etranglé, égorgé, noyé : tel est le triple châtiment que semble avoir subi l'homme dont les restes ont été découverts dans une tourbière au cœur de l'Irlande. Appelée pour étudier ce corps datant de plusieurs siècles, la biologiste Nora Gavin compte aussi sur ce voyage pour faire le point sur sa relation avec son compagnon, l'archéologue Cormac Maguire. Or leur couple va affronter une épreuve inattendue puisqu'un autre cadavre, beaucoup plus contemporain celui-là, est retrouvé, portant les mêmes stigmates. De scientifique, l'enquête devient criminelle et sur les rives du lac Loughnabrone resurgissent vieilles histoires et rancœurs tenaces. Nora, Cormac et l'inspecteur Ward, chargé de l'investigation, vont découvrir que dans ce pays de secrets et de légendes la vérité est parfois enfouie très profondément.

 

J’étais assez curieuse de voir quelle tournure allait prendre la suite des aventures de Cormac Maguire et Nora Gavin après ma rencontre avec eux l’an dernier dans Le chant des corbeaux (Pocket Policier).

Eh bien, à dire vrai, j’ai apprécié de les retrouver mais je regrette le côté un peu déjà vu de l’histoire : un corps retrouvé dans les tourbières, qui date de l’âge du fer, et un autre, plus récent… Le but du jeu étant bien évidemment de trouver quel est le lien éventuel qui unit ces deux cadavres… Réminiscence, quand tu nous tiens… Erin Hart a calqué cette intrigue sur celle de la fois précédente… Verdict : manque d’originalité !

Cependant, je reconnais que j’apprécie énormément ces ambiances de polar british à la Elizabeth George (même si l’auteur est américaine, elle écrit comme une anglaise !). Le style est lent, très instrospectif, et on avance autant dans la connaissance des personnages que dans celle de l’énigme policière. Peu d’action donc, du coup peu de dialogues : surtout beaucoup de narration en externe, avec un point de vue focal sur un personnage en particulier. Il faut aimer, et moi, une fois de temps en temps, ça ne me déplaît pas.

J’adore surtout cette atmosphère irlandaise, celtique, emplie de brume de tourbière et de fumées de pubs, coloriée par la bruyère et la lande, les arbres et les lacs. Erin Hart est très forte pour vous transporter dans cette contrée des mystères aussi facilement que si vous y étiez, en jonglant avec des passages descriptifs jamais ennuyeux qui campent en quelques traits de pinceaux cette vieille terre de légendes.

Les personnages (hormis Cormac et Nora auxquels j’étais habituée depuis le tome précédent) peuvent parfois donner l’impression d’être un peu caricaturaux, mais il finissent par en devenir attachants ou définitivement repoussants : pas de demie-teinte chez Erin Hart ! On a le caractère celtique bien trempé ou on ne l’a pas !

Pour ce qui est de l’énigme en elle-même, elle est intéressante, et l’auteur, par la multiplicité des personnages et de leurs lignes de vie, ne nous aide pas souvent à nous diriger dans l’enquête : tant mieux ! On s’égare, on part plus avant, on revient sur nos pas…Bref, on se triture les méninges jusqu’au dénouement. Celui-ci n’est d’ailleurs pas forcément bluffant mais il a le mérite d’être réaliste et de remettre en place le puzzle du début.

En dernier lieu, je dirais que la toute fin est un peu plate par contre, et je ne sais pas si c’est dans l’optique de nous livrer une autre aventure des deux archéologues ou au contraire de clôturer leur histoire. On verra bien ! Cela dit, des deux livres, je crois que j’ai préféré le premier, le Chant des corbeaux : l’attrait de la nouveauté sans doute.

05 juin 2006

Meurtres à l'antique

Sans_titre_1Meurtres à l’antique, de Yvonne Besson (Folio- 404 pages). Terminé le 05 juin 2006.

 

RESUME EDITEUR : Une nuit d'hiver, un mystérieux assassin commet un double meurtre à l'hôpital de Marville. Pourquoi les deux victimes ont-elles subi des morts aussi différentes? Que signifie la macabre mise en scène découverte au petit matin par une infirmière épouvantée ?

Pour élucider la malédiction qui frappe la famille Malot, l'inspecteur Carole Riou devra remonter le temps jusqu'aux sources du drame et, plus encore, jusqu'à l'Antiquité où les humains, pour expliquer le monde, inventaient des mythes et des personnages voués à l'éternité.

Genre : roman policier

 

Avis : 4/5

 

Deuxième roman d’Yvonne Besson que je lis après Un coin tranquille pour mourir (voir critique sur le blog).

Première constatation : il y a une « plume Besson ». La griffe est reconnaissable : style tranché, qui va à l’essentiel, sans se départir d’un certain sens du détail, mais qui n’est jamais inutile ; art consommé pour la description des personnages, bien sentis dans leur environnement et immédiatement attachants ; rythme soutenu et méandres de l’enquête qui ravissent, au sens premier du terme, littéralement le lecteur.

Le scénario de l’intrigue est en outre particulièrement intéressant : reconduire les mythes antiques dans la modernité du monde contemporain. L’astuce est bien trouvée et ça fonctionne bien, même très bien. Yvonne Besson a l’art et la manière de mener tout son petit monde en bateau jusqu’au dénouement final. Je ne peux malheureusement trop en parler dans ma critique, au risque de déflorer complètement l’intrigue, mais une chose est sûre, si les mythes grecs ont pu mériter une telle postérité, c’est bien pour l’atemporalité de leur message et par le sentiment incroyable de fascination qu’ils ont de tout temps exercé sur les hommes de par cette même atemporalité.

Je reprocherais toutefois au livre, comme la dernière fois, lorsque l’on pressent le dénouement, de s’appesantir sur des rallonges d’intrigue qui ralentissent le rythme. Mais bon, c’est peu de choses compte tenu de l’enthousiasme avec lequel j’ai encore dévoré le livre.

24 avril 2006

Venise.net

Sans_titre_1Venise.net, de Thierry Maugenest (Liana Levi, 2003-153 pages). Terminé le 24 avril 2006.

 

Genre : roman (policier)

 

Avis : 4/5

 

RESUME : Venise, de nos jours. L’accident étrange survenu à une jeune universitaire française, spécialiste de l’art du quattrocento, pousse un inspecteur italien à prendre contact avec un vieil érudit américain. Quel lien le Tintoret peut-il avoir avec les disparitions mystérieuses et tragiques de tous les spécialistes d’histoire de l’art qui ont approché certaines de ses œuvres ces dernières années ?

 

Petit polar intelligemment construit : dans un va-et-vient qui suit les avancées de l’enquête, le lecteur traverse les époques : époque moderne rendu par la typographie des e-mails que s’échangent deux personnages, et XVIème siècle à travers le récit imaginé autour de la figure historique qu’est Jacoppo Robusti, dit « Il Tintoretto », « le Tintoret » en français.  

 

Dans ce même temps du présent, utilisé apparemment comme une marque de fabrique par T. Maugenest (voir ma critique de Manuscrit MS 408 par le même auteur), on suit l’histoire d’une période de la vie de ce peintre, notamment à travers la réalisation de ses oeuvres à la Scuola di San Rocco.

 
Bien documenté, l’auteur nous fait naviguer sur les canaux de la Sérénissime, parcourir les ruelles : Venise est presque un personnage à elle-seule tant on sent la connaissance de T. Maugenest pour cette ville, et son attachement, poindre à tous les paragraphes. Cependant, quand, comme moi, on n’a pas eu la chance de s’être rendu dans la cité des Doges ou de bien la connaître, cela peut vite devenir agaçant d’essayer de suivre un parcours dont les noms ne renvoient aucun écho. Mais passons. L’imagination pallie facilement le manque de connaissance.

 

L’intrigue n’est pas un modèle du genre policier puisque l’on comprend finalement très rapidement de quoi il en retourne et qui –ou quoi- se cache derrière tout cela. Mais je ne crois pas que l’intérêt de ce polar réside dans la recherche d’un coupable mais bien plus dans l’évocation d’une période charnière de la Sérénissime, période de basculement, dont le Tintoret, en vénitien de souche qu’il était, s’est peut-être fait le représentant le plus objectif à travers des peintures à l’atmosphère parfois lourde ou oppressante (cela est d’ailleurs bien expliqué dans le roman par le vieux professeur).

 

A ce propos, j’ai trouvé cette figure du vieux professeur pour le moins « amusante » : j’avais un peu de mal à imaginer un vieillard de 96 ans rédigeant des mails. Attention ! Je ne suis pas en train de nier la capacité des plus âgés à s’être adapté à l’ère internet quand elle est apparue, mais tout de même, je trouve un peu « gros » cette image du vieil érudit de 96 ans (tout de même !) cliquant et pianotant sur son clavier.

 

Enfin, ce court récit aura aiguisé ma curiosité pour l’œuvre du Tintoret et pour l’histoire de Venise. Je n’ai pas vérifié la part de véracité historique et celle de l’imaginaire romanesque, mais qu’importe, l’essentiel est de passer un bon moment de lecture.

Posté par Alwenn à 22:12 - Romans policiers - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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