03 janvier 2009
Le voyage dans le passé
Le voyage dans le passé de Stefan Zweig (Grasset et
Fasquelle, 172 pages). Terminé le 02 janvier
2009.
Genre : roman
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : Le voyage dans le passé est l'histoire des retrouvailles
au goût amer entre un homme et une femme qui se sont aimés et qui croient
s'aimer encore. Louis, jeune homme pauvre mû par une " volonté fanatique
" tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il est envoyé
quelques mois au Mexique pour une mission de confiance. La Grande Guerre
éclate. Ils ne se reverront que neuf ans plus tard. L'amour résiste t-il à tout
? A l'usure du temps, à la trahison, à une tragédie ? Dans ce texte bouleversant,
jamais traduit en français jusqu'à ce jour, on retrouve le savoir-faire unique
de Zweig, son génie de la psychologie, son art de suggérer par un geste, un
regard, les tourments intérieurs, les arrières-pensées, les abîmes de
l'inconscient.
Le voyage dans le passé est un texte de Zweig qui était
jusque là en France. Grâce à cette traduction, il nous est désormais permis de
découvrir ce court roman –presque une nouvelle-, où il est question d’amour,
et du temps qui passe.
Tout d’abord, avant même de parler
de l’histoire en elle-même, inutile de préciser que la plume de Zweig
emporte le lecteur dès les premières lignes. D’autant que la particularité
de cette édition est de présenter après la traduction le texte original en
allemand. Mes années de germaniste sont bien loin derrière moi
malheureusement, mais j’ai trouvé un certain plaisir à aller voir les passages
qui m’ont le plus marqués dans la langue originale. On en retire un certain
plaisir à voir les mots trouver leur souffle premier. Je n’ai jamais été une
fan de l’allemand (pardon Mo ! ^^) mais je dois avouer que là, c’est
presque avec émotion que l’on lit le texte…
De cette histoire d’amour, je
retiens surtout l’incroyable acuité de Zweig dans la description des émois
amoureux qui s’empare du personnage masculin, Louis (Ludwig dans la langue
originale). La femme n’a pas de prénom, on la connaît uniquement comme
« l’épouse que Conseiller G ». La psychologie du cœur n’a aucun
secret pour Zweig, qui nous la livre sans faux-semblants, et avec une précision
d’orfèvre. C’est époustouflant.
Pourtant, Louis n’a pas emporté
mon attachement tout de suite. Ce jeune homme, dont la description est quelque
peu misérabiliste, et dont l’orgueil souffre d’une ambition dévorante, apparaît
au départ froid et lointain. Même la manière dont il tombe amoureux semble
artificielle.
Son arrivée dans la demeure de
celle qui occupera ses pensées pendant de nombreuses années m’a furieusement
fait penser à l’arrivée de Julien Sorel chez Mme De Rênal. D’ailleurs, cette
femme est comme l’héroïne stendhalienne, plus âgée, maternante et prévenante.
Ou, comme le souligne le traducteur, Baptiste Touverey, une Mme Arnoux de L’éducation
sentimentale.
Mais contre toute attente, l’amour
naît chez ce personnage, et les sentiments s’épanouissent avec naturel et
passion.
Malheureusement, l’ambition du
jeune homme, puis la première guerre mondiale, va séparer ces deux amants. Mais
le sentiment amoureux continue d’exister. Et toute la question de Zweig est
de savoir si l’amour survit réellement aux vicissitudes de la vie. Et rien
n’est moins sûr. Le cœur humain s’empoisonne parfois tout seul. Se livre
volontairement à l’esclavage d’illusoires et chimériques souvenirs.
Zweig a le talent de suggérer si
précisément les choses qu’avant même que reviennent à Louis les vers d’un
poème, dont l’écho douloureux trouve sa conclusion dans cette relation, j’y
avais immédiatement pensé. L’amertume envahit les dernières pages, mais c’est
souvent effectivement la réalité des vicissitudes sentimentales. La gravité
des dernières pages, où l’on sent de plus que l’Histoire est de nouveau prête
à rattraper les deux personnages, n’enlève en rien à la beauté du texte.
Voilà donc un livre court, dans
lequel on s’immerge complètement, emporté par l’écriture de Zweig. Au point
qu’en refermant le livre, je me demandais encore comment un homme avait-il pu
avoir ce don inouï de mettre des mots sur les sentiments humains les plus
profonds et les plus délicats.

